"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES DU MOMENT //

[journalier]

journalier 31 3 18 / ah

samedi 31 mars 2018, par Christine Jeanney



roumégations pendant que je mets en forme/page les poèmes des élèves faits en ateliers d’écriture à l’abb d’ard, que je prépare L’e dans l’o et que je colle et trace des couleurs et des lignes

- un pape de la mode Ôte couture expose des toiles dans une galeripariziène = ses toiles qui veulent atteindre "une véracité sans artifices"
(véracité, simplicité proche du sublime)
(tu te doutes bien que s’il s’était appelé germaine dugenou ou maurice pompila (caissier à montargis ou comptable à saint-germain-les-bancs) on l’aurait exposé tout autant, et tout autant véracitement, devant les mêmes plantes vertes décoratives, les mêmes cadres à dorures, les mêmes petits fours et le même attroupement de journalistes et critiques d’art, tous estourbis de tant de simplicité affichée)
- appel à financement pour une revue de littérature papier très respectable et respectée
en couverture du numéro mis en exergue pour que les dons affluent, une photo en noir et blanc (connue peut-être, je ne sais pas) (je suis autodidacte, prolétaire et non spécialiste) d’un homme et d’une femme jouant aux échecs
l’homme, assez mûr, habillé et porteur de lunettes, lève une main intense de réflexion pensive (la figure de l’intellectuel)
la femme est nue entièrement, ses cheveux cachent son visage (n’a donc ni regard ni front) (de pensées rien n’est moins certain) mais montre de profil un sein lourd, un ventre, une cuisse, un corps, sa peau, sa chair
(ô revue littéraire de papier respectable qui compte sur mes poches, je suis bête et bêtement arriérée, tu n’aura pas un bouton de chemise de ma part ni un grain de semoule) (de plus, moi, mon corps, entièrement, mon sein lourd, ma cuisse large, mon ventre et mes pensées hargneuses te méprisons merveilleusement)
(et tu y penses tout à coup, as-tu déjà vu la photo noir et blanc d’un homme et d’une femme jouant aux échecs, où l’homme serait assez mûr et nu, totalement - ce pied de nez aux corps lissés, sans taches ni rides, visibles sur toutes les affiches, de la rue à la pharmacie en passant par les couvertures de magazines, voire même de livres intelligents - et où la femme serait habillée normalement - sans chapeau et sans gants ni talons aiguilles, ni style baba cool ou guerrier, ethnique, grunge, jeune, coquet, digne, etc. -, juste porteuse de vêtements qu’on pourrait qualifier de simples en toute véracité ?)
(la prendre, cette photo, serait alors un acte novateur) (peut-être même de rébellion simpliste) (on signerait le cliché germaine pompila, ah cette boucle bouclante)

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • moi la huronne pas entendu parler de l’homme qui mérite d’être exposé avec des plantes vertes , ni de cette revue papier
    mais moi la huronne plutôt de bonne humeur ce soir, ai savouré les pensées de la dame de céans et trouve que cela finit bien sa journée

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