"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DU MOMENT //

[pachinko]

[pachinko] du tricorne

vendredi 9 novembre 2018, par Christine Jeanney



le ciel est rouge le matin je n’invente rien
les deux coqs verts ont été restaurés puis réinstallés au-dessus des croix - chacun sur sa tour
ils ne sont pas orientés de la même façon - sans doute que le vent n’est pas un mais plusieurs - chacun le sien
les nuages se déplacent très vite
la fixité n’est pas la bonne réponse
le film a commencé sans structure
c’était bien d’être perdue - la narration déconstruite
mon fils disait que son lit était décoiffé je n’invente rien
le petit sac de sport accroché à la poignée ronde du placard de l’entrée en maintient la porte toujours ouverte
les touches du piano s’allument - quand on les suit c’est un prélude de chopin
il n’y a pas de majuscules qui tiennent - peu importe l’admiration
s’il n’y a pas de majuscules il n’y a pas de points
s’il n’y a pas de points il n’y a pas de virgules - seulement des tirets pour la respiration
les lattes du store se chevauchent sur le rythme exact de schuman - mais discrètement
la petite fille a écrit goille pour dire joyeux et elle avait raison
elle prend les lettres pures - non diluées
les rêves du film sont très cohérents - aussi on ne cherche pas à savoir si ce sont de vrais rêves - on cherche plutôt quel film est filmé dans le film
les photos de femmes inconnues achetées sur des brocantes - plusieurs - à plusieurs jours de distance - façonnent une famille
j’allais ajouter virtuelle mais rien n’est virtuel
nos sentiments ne sont pas virtuels
nos imaginaires ne sont pas virtuels
l’imaginaire de clovis ou de duguesclin ou de jeanne d’arc est non virtuel pour un facho
la fiction n’est pas virtuelle - c’est une machine à construire le réel
je voudrais le réel décoiffé
il est neuf heures deux je n’invente rien
les frères dario jouaient de la musique en frappant des clochettes et des bouteilles en verre
un chien faisait du vélo sur la piste
une troupe d’éléphants avance sur une route goudronnée
le scénario de bus stop est rétrograde
une feuille d’automne pliée en deux contient toutes les feuilles d’automne
il n’y a aucune limite
nous avançons dans des tunnels
il y a différents niveaux de tunnels - grottes de pierres - parois de ciment - trajectoires de neurones à l’interne
les tunnels internes copient leurs avancées sur les tunnels externes - ton sur ton
quand on rentre et qu’on avance sur la gauche - au-dessous de la lampe - c’est écrit projets d’avenir tout en majuscules
je n’invente rien et c’est pourquoi rien ne m’arrête
dans le cageot de bois fin qui servait pour les huîtres je range les aiguilles et la laine - à première vue - j’y range aussi la même phrase - plusieurs fois - en français et en anglais
schuman calme
le cageot est formé de plaques de bois agrafées
les aiguilles sont piquées dans la laine - sont piquées dans la tristesse de la phrase répétée en français et en anglais face au positions rétrogrades des imaginaires abrasifs
sur la place ronde une photo géante et presque entièrement noire est suspendue - au centre un canot de sauvetage surchargé
un enfant passe en patins à roulettes
schuman s’agite et ça n’est pas virtuel
la musique arrive toujours au bon moment pour retranscrire l’état du cerveau de qui l’écoute
ce n’est pas le cerveau qui se cale sur elle mais l’inverse je n’invente rien
la famille des photos de femmes réunies n’est pas virtuelle et existe même si je n’écris rien à leur propos
je n’ai pas besoin de leur trouver des noms ou des prénoms pour que ces femmes existent
le chapeau noir de la plus âgée ressemble à un tricorne
tricorne ressemble à tricot
les aiguilles à tricoter sont piquées de travers selon les angles des lattes du store et la phrase répétée en anglais et en français répond au canot de sauvetage dans la nuit de la place ronde
träumerei dit schuman
quand je m’endormirai tout restera intact dans mes rêves décoiffés chiffonnés non virtuels et non inventés
ça se dessine l’écriture
ça dessine le froissé d’un sac posé sur un fauteuil et les nuages tout en vitesse sous les vents singuliers
j’ai dessiné un tigre de profil qui bondit
et je l’écris



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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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