"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 07 01 19 - "dans les cieux l’astre du jour"

lundi 7 janvier 2019, par C Jeanney



- il y a les Contes d’Hoffmann, c’est le genre de bâtiment que je contourne, familier, dans lequel j’entre, parfois, souvent, régulièrement, un peu comme le musée dont je sais qu’il est là, disponible, et donc qui reste par ses items dans mon esprit comme un marqueur, ou un paysage précis, ou un film, ou Moby Dick par exemple, il n’est pas obligatoire d’y retourner chaque semaine ou chaque matin pour qu’ils ou elles fassent sens, ces impressions, ces connections, ces a + b, toute cette organisation mentale qui passe aussi bien par la voix de VW que par un essai de Jonh Gray sur les mythes et le progrès ("La puissance du mythe tient à ce qu’il produit du sens à partir du naufrage du sens"), que par ce genre de plantes dont je ne sais pas le nom et qui poussent en haut des murs dans les rues où je passe
- c’est très compliqué d’analyser pourquoi un bâtiment fait sens au milieu de tous les autres bâtiments, et sans doute chacun possède une ville très complexe avec des constructions que certains voient et d’autres pas
- un peu comme pour ce qui se passe, rues et rond-points, ces saletés que l’on voit, ces beautés que l’on voit, tout est toujours lisible à partir de ses propres capteurs qui tordent, déforment, cachent, accentuent / le mieux (ou le moins mauvais) serait de prendre un peu de distance, pas pour s’en laver les mains, pas pour se détourner des images et de ce qu’elles semblent affirmer, pas pour prendre de la hauteur (ce serait illusoire, on est tous ras la terre), mais pour mesurer le qui parle, d’où ils ou elles parlent et qui reçoit, qui on est soi-même et comment on capture les instants vus, de quelle façon on peut comprendre l’extérieur, de quelle façon cette compréhension nous révèle à nous mêmes notre intérieur, nos automatismes, et comment nos automatismes qui semblent confortables et évidents nous brûlent, nous solidifient ou nous isolent
- "voila la chanson gentille", dit Olympia, et sa virtuosité ne masque pas sa mécanique, comme nos facilités n’arrivent pas à masquer notre complexité
- sans doute que l’apprentissage, avec ce qui est sûr d’un côté, ce qui ne l’est pas de l’autre, nous apprend à trier, déplacer et juger / c’est un travail très laborieux de trier, déplacer et juger, ce n’est pas tout à fait comme recevoir / recevoir, c’est aussi sentir la présence des bâtiments, s’arrêter, se poser la question : qu’est- ce qui fait qu’Olympia reste, qu’Isamël reste, à quel point nos mythes agissent comme des marches d’escaliers dans le meilleur des cas, comme un tapis roulant dans le moins appréciable / prétendre à la lucidité est aussi un peu vain / on n’est pas plus lucide quand on s’éloigne, juste plus loin / l’addition des contradictions pourrait s’étendre jusqu’à la lune, jusqu’à sa face cachée, jusqu’à une sonde lointaine lancée à travers l’univers, l’espace silencieux et noir / Olympia chante
- ou c’est je ce que je dois "apprendre et retenir" comme on dit dans les manuels, ce malgré tout qui fait que les Contes d’Hoffmann font partie de la catégorie des choses indécidables
- on ne peut voir qu’avec les outils dont on dispose, le reste on ne peut que le supposer, l’imaginer
- il faudrait pouvoir laisser des trous, des vides, dans ses raisonnements, des trous et des vides qui indiqueraient bien qu’on est seulement capable de voir et d’entendre ce que l’on peut voir et entendre, mais pas plus
- Olympia s’arrête, sa machine se dérègle, elle repart, elle finira la tête détachée du corps, sans douleur ni souffrance / c’est là que la métaphore s’arrête, à l’endroit où on souffre, nous, d’avoir le corps qui se disloque, la tête qui se détache et roule, que ce soit dans un escalier ou sur un escalator / la souffrance empêche de penser (peut-être)


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