"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

AUTRES TENTATIVES //

[directions]

polyphonie 5

samedi 3 novembre 2012, par Christine Jeanney

Les sons dessinaient des chemins longilignes, le trajet d’une voiture inscrit en note blanche sur la ligne du sol de la portée, car c’était bien plus simple d’imaginer les pans de bruits sagement empilés, le sol au sol, à hauteur de la route, fil tiré du bitume pour se poser dessus. Les croches et doubles-croches des insectes et roulements de cailloux ajoutés en-dessous sur ces tirets uniques tracés pour l’occasion, pendant que les branchages et ailes bruisseraient bien plus haut, dans l’air, au fa, au si, ou même plus haut encore sur d’autres traits annexes, et l’arabesque de la clé en commencement d’oreille.

Noter les sons avec le rythme, l’intensité et la hauteur, ou bien en lignes – ces phrases étagées l’une sur l’autre – c’était pareil. Une façon de s’accrocher dans le mouvement sans se dissoudre, d’imposer ses repères dans la cartographie délirante.

On limitait son propre cercle, un globe transparent posé autour de soi en captation des sons, chocs, moteurs, bruits de pas, feuilles brassées, mains frappées, appels et battements perdus.

Si le vent rabattait d’autres bruits dans la périphérie connue, alors on pressentait, on constatait que son globe poreux se pressait contre d’autres, d’autres mondes accolés, serrés en galaxies minuscules aux systèmes similaires, bondées de sons indépendants, bois heurté de métal, coups et grondements qui se mélangeaient à leurs frères. Les sons se touchaient et se ressemblaient, se regroupaient par genres pendant que les oreilles appelaient d’autres oreilles, on écoutait tous sans le savoir l’oreille collée aux mêmes sources cette musique que l’on reconstruisait différemment. On avait froid.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.