"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Nathanaël Gobenceaux, dans Les restes du voyage (#vaseco de juillet 2010)

lundi 5 juillet 2010, par Christine Jeanney

Les restes du voyage

Tu vois, je suis allé parcourir la Presqu’île, en été cette fois (c’est à quelle heure l’été le 21 juin ?). Tu vois, pas les mêmes bourgs qu’en mars d’il y a 1 an et 1/2, enfin pas tous. Pas de Piriac, pas de La Baule, pas de La Turballe. Comme lecture, j’ai pris une BD de Burma par Tardi et Le Reste du voyage de Bernard Noël, à qui je pique le titre.

J’ai pris aussi mon petit carnet de dessin, histoire de m’y remettre sérieusement.

PORNICHET

Tu vois, La Baule et Pornichet, kif kif et le bourricot. Extrême sud-est de la plage, vue sur le long front de mer dégueu bien comme il faut. Le ciel se découvre, la chaleur étouffante s’installe, pour les jours suivants aussi.



Là, le sol est divisé en carrés inégaux de forme, tous encaissés par d’énormes talus de terre grise, tous pleins d’une eau saumâtre, à la surface de laquelle arrive le sel. Ces ravins faits à main d’hommes sont intérieurement partagés en plates-bandes, le long desquelles marchent des ouvriers armés de longs râteaux, à l’aide desquels ils écrèment cette saumure, et amènent sur des plates-formes rondes pratiquées de distance en distance ce sel quand il est bon à mettre en mulons.


BATZ-SUR-MER

Tu vois sur la plage, je le sors, le carnet. Quelques mamies bronzent, une blondinette bien huilée aussi. Batz, une petite plage tranquille de quelques 10aines de mètres de long, quelques petits bateaux au mouillage et de très rares nageurs slalomant entre. J’y plonge les pieds, dans l’Océan. Les pieds justes, parce que c’est froid l’eau-séant. En fin d’après-midi, j’aide à relever une dame d’âge avancé tombée les genoux dans le petit estran et son tapis d’algues & coquillages.

GUERANDE

Tu vois, l’hôtel est dans les murs. Du XVè ou XVIè siècle les murs. Murs de granit, à paillettes, un petit air de fête perpétuel, ça brille, ça scintille. Je m’empiffre de galettes au blé noir et de crêpes à tous les goûts. Sur les remparts, je me lance dans mon 2è dessin. Puis le soir je reprends sur la place désertée.

J’ai remplacé le feutre pinceau par ce feutre noir à mine simple, tu vois. Moins de nuances, plus de précision (sic !). Bancals sont mes dessins, si tu vas à Guérande, tu pourras vérifier. Ici une fenêtre manque, là un étage. Pour me dédouaner je reprends la phrase de William Turner : « Tu ne dois pas décrire les éléments de manière réaliste mais seulement les suggérer en quelques touches, le spectateur contemplatif de l’ensemble fonctionne en accord ou en désaccord de l’œuvre. »

BATZ-SUR-MER

A Batz il y a la plage, mais sur le chemin de la plage il y a les églises, l’une qui a encore son toit et l’autre, la grande chapelle, qui ne l’a plus. Je trouve chez Bernard Noël une évocation de San Galgano, près de Florence, qui a aussi un pet au casque.

SAN GALGANO

ici la limite indique l’ouverture

l’infini se dévoile à partir du clos

le temps devenu forme a tué le temps

il est à présent la musique visible

sur l’aile de qui le regard se fait ange



- J’ai des brodequins, allons-y, me dit-elle en me montrant la tour de Batz qui arrêtait la vue par une immense construction placée là comme une pyramide, mais une pyramide fuselée, découpée, une pyramide si poétiquement ornée qu’elle permettait à l’imagination d’y voir la première des ruines d’une grande ville asiatique.


LE CROISIC

Courageux, je pousse jusqu’au bout de la jetée, celle qui mène au phare. Bien 800 mètres, au bas mot, la jetée du Tréhic, qu’elle s’appelle. Balzac compare Le Croisic à Venise, pourquoi pas, après tout. Je tente un kouing amann à la boulangerie, sur le quai.

CHATEAU DU RANROUËT



D’un côté, la mer ; ici, des sables ; en haut, l’espace.


LA ROCHE BERNARD

Tu vois, la Bretagne d’ici c’est plat, plutôt ; vallonné tout au plus, parfois ; les routes sont droites comme des canaux de Nantes à Brest de n’avoir pas d’obstacles. Mais quand tu arrives à La-Roche-Bernard, là c’est Gargilesse, c’est la Creuse, c’est le Massif Central.

GUERANDE

La Carcassonne bretonne retrouve son calme. Le premier soir, comme c’était fête de la musique : tours intérieur et extérieur des remparts avec dans la besace les sons d’une fanfare du coin, des danses country, de la bossa nova française, du pré-punk breton, des petits jeunes pas mal. La Carcassonne bretonne retrouve son calme, je peux me poser pour dessiner.

Près de la porte Vannetaise, j’entre et demande à la libraire si elle connaît les modèles des lieux du Béatrix de Balzac. « Le presbytère, oui, c’est le même, la place de l’église où passe l’abbé ; le château des Touches non, je ne pense pas qu’il existe, certains disent que ce serait celui de Careil, d’autre que c’en est un qui a été détruit. » Ou alors Balzac a importé un autre château comme il aurait placé Azay-le-Rideau dans le Sancerrois.


Les sites les plus beaux ne sont que ce que nous les faisons. Quel homme un peu poëte n’a dans ses souvenirs un quartier de roche qui tient plus de place que n’en ont pris les plus célèbres aspects de pays cherchés à grand frais !


En gras et italique : citations tirées de Un drame au bord de la mer (H. de Balzac )

Nathanaël Gobenceaux

qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour

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