"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DE LIEUX //

lieu // avec (vasecommuniquer)

Pierre Ménard, dans Les lignes de désir (extrait) (#vaseco de septembre 2010)

dimanche 5 septembre 2010, par Christine Jeanney

Il faut bien commencer, mettre un mot devant l’autre, comme on marche, avancer dans le clair du jour sans forcément savoir où l’on va, puisqu’il faut que le monde commence quelque part, dans une ville ou dans un livre. La ville (en promenade) est une construction qui intègre aussi les vitesses. Les différences de potentiel, les rythmes, les sons. Ce qui commence à la trace et qui va à l’effacement. Un vide peuplé d’ombres enchevêtrées à des monologues intérieurs. L’effacement lui-même. La foule est son domaine. C’est-à-dire une tonalité en perpétuelle expansion. Sa passion et sa profession, c’est d’épouser la foule. Jamais refermée, toujours en mouvement. Ces villes du regard quotidien. Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, insérées parmi d’autres villes, aux rues tracées par nous seuls, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Sous l’aile d’éclairs qui répondent à nos attentions.

De la ville, qu’est-ce qu’on voit ? Ce qui n’est pas elle, mais qu’elle partage avec d’autres. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi. Peut-être qu’il nous faut prendre une certaine distance pour voir ce chemin, en tout cas un point de vue différent semble nécessaire. Voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde. La langue ne peut que maladroitement définir ce qui est en jeu ici. Comme à la fois distrait et sujet à l’attrait, celui que tout attire. L’observateur est un prince qui jouit partout de son incognito. Celui que tout attire, que rien ne retient. Nous ne reviendrons pas plutôt il me semble. J’y glisse dedans sonder seul écho méritant. Ce qu’on voit loin n’est pas. Pas nombre ce qui s’ajoute quand même. Il faudrait dire un peu l’urgence d’atteindre. D’autres que moi s’y sont posés, exposés. Notre regard flotte sur la ville, à la fois curieux, lassé, disponible et renfermé. On ne cherche tant peut-être que parce qu’il n’y a rien à trouver.

Pierre Ménard

qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour

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