"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

AUTRES TENTATIVES //

[àrêve]

àrêve de voix haute

qui n’est pas formulé

dimanche 2 décembre 2012, par Christine Jeanney

une question de tension de torsion, voilà pourquoi, tu laisses venir et c’est ensuite que les mots portent, c’est bête, c’est bête à dire, tu poses la voix tu donnes la voix et ensuite les mots seulement, ils sortent, comme cette histoire de fille qui crache des perles ou des crapauds, ça échappe, malgré soi, ça glisse ou c’est le sens qui glisse dessus ? ailes de canard, tu vois la goutte suivre un chemin et les plumes sèches ensuite, ça glisse et ça échappe à la raison la voix haute, ça se transforme en autre chose la voix haute, ça porte un autre poids, une autre distorsion du monde, ça claque ou ça s’écoule mais rien n’est prévisible et ceux qui croient que tu contrôles se trompent, tu ne peux pas dire je mens, tu ne peux pas dire c’est faux, ce n’est pas du mensonge, ce n’est pas travesti, le costume prend la place et c’est autre, si difficile à dire la voix, et même pas sûr que ce soit important et qu’il faille en parler, mais c’est pourtant un nœud, un affrontement, à bras le corps, la voix haute t’oblige à marcher sur un pont que tu ne sais pas prendre et les mots que la voix raconte parlent de tout autre chose que ce que tu sais dire, forcément, si tu sens que quelqu’un, quelqu’un entend, quelqu’un te suit, ça, ça soulage, comme si tu étais arrivé enfin, que tu pouvais t’asseoir sur ton déséquilibre, l’envie de le chérir, de remercier, parce que cette place où tu te tiens est vaine sans doute, impraticable, mais que la voix t’oblige à embarquer, tu ne peux pas l’éviter ni contraindre les autres, cette question de torsion, il faudrait la creuser, c’est ta place, ce que tu as à dire avec la voix construit le sillage à venir, trace le passé-présent, trace l’avant, peut-être tu réalises que les brise-lames bougent le futur plus fort et tu ne sais plus parler, parce que le temps de la voix haute n’est pas capté comme les autres - les autres temps, chape, lest, lourd, les autres temps simplistes sans intérêt, mais pourtant tous ils parlent des autres temps et dans les autres temps sans montrer d’inconfort, de quoi sont-ils faits, eux, qui ne sentent pas le glissement autre de la voix, voix haute où il faudrait tenir, et où tu tentes de

Messages

  • ce n’est pas important ? c’est une vie inconnue en nous qui s’y projette, c’est devenir réel par l’existence du souffle, c’est angoissant (et me souviendrai toujours d’être tombée après avoir lu un texte, beau et pas de moi, devant tous, près d’un cercueil - ce qui accroît mon admiration pour ceux qui profèrent leur texte)

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