"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DE LIEUX //

lieu // la chapelle de Ronchamp (journal du Théodolite)

#mines #pénitent

mercredi 8 mai 2013, par Christine Jeanney


(début du projet
Théodolite
visible ici
et )

.

pour quelle faute, il n’a pas de visage pas de nom, nom effacé par le suivant, et le visage par le suivant, encore un autre, aussi cet étonnement quand sur le ventre des monuments aux morts les noms sont vides, majuscules illisibles, uniquement attachées à un indice de sens, sans chair
pas de visage non plus, la tête recouverte de tissu enroulé, peut-être plusieurs tissus, et bien serrées les épaisseurs très fermement, qu’elles ne glissent pas, la dernière est mouillée, près des yeux, du nez, de la bouche


s’ils sont deux, lorsque l’un est prêt l’autre suit, quelques pas derrière ou dans une trouée parallèle, pour aider le premier une fois passée la déflagration
les noms superposés, le nom suivant et le visage suivant, sur les monuments aussi s’effacent vite, remplacés par les noms et les visages suivants, la litanie des noms qu’on ne peut ranimer à force, tunnel, galerie, une longue descente, le prix à payer pour quelle faute


l’homme qui rampe sans visage sans nom, s’il a prévu de rembourrer aux genoux et aux coudes la peau c’est en silence, ou la chanson dans la tête toute mince, elle ne tiendrait pas sur le bout d’un ongle
descendre, ramper plus bas, pas de visage à tourner vers aucune lumière, combien ont eu les cils carbonisés, ce qui devait forcer l’étonnement du visage étourdi de sortir


on ne sait pas quelle faute du pénitent la peine et le costume, il l’a, et la faute endossée avec, en étant payé plus que les autres, combien pour le danger
au bout du bras la torche, pénitent gaucher ou droitier, lorsque le bras se lève tout tendu, ramper sans être sûr de rien, comment tu peux l’imaginer maintenant sans nom et sans visage, dans la douceur de mai et les arbres partout si verts, même les magnolias les fleurs écarquillées, cette fureur de l’effacement, partout ?



(Jules Verne, les Indes Noires)

[...] le pénitent, la face masquée, la tête encapuchonnée dans son épaisse cagoule, tout le corps étroitement serré dans sa robe de bure, allait en rampant sur le sol. Il respirait dans les basses couches, dont l’air était pur, et, de sa main droite, il promenait, en l’élevant au-dessus de sa tête, une torche enflammée. Lorsque le grisou se trouvait répandu dans l’air de manière à former un mélange détonant, l’explosion se produisait sans être funeste, et, en renouvelant souvent cette opération, on parvenait à prévenir les catastrophes. Quelquefois, le pénitent, frappé d’un coup de grisou, mourait à la peine. Un autre le remplaçait [...] »


Messages

  • beau, très beau
    (et puis là au moment de fermer, un sourire en pensant qu’ici les pénitents étaient des confréries, des notables souvent, se réunissant pour quelques bonnes actions afin de sauver leurs âmes endommagées par le négoce ou les affaires de la cité, et que ça allait avec des bâtisses, dans lesquelles, pour certaines, au coeur de l’été des robes à fleur viennent s’asseoir pour voir des spectacles)

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