"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -19 [courbe impossible à atteindre]

mercredi 15 mai 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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‘Let us now crawl,’ said Bernard, ‘under the canopy of the currant leaves, and tell stories. Let us inhabit the underworld. Let us take possession of our secret territory, which is lit by pendant currants like candelabra, shining red on one side, black on the other. Here, Jinny, if we curl up close, we can sit under the canopy of the currant leaves and watch the censers swing. This is our universe. The others pass down the carriage-drive. The skirts of Miss Hudson and Miss Curry sweep by like candle extinguishers. Those are Susan’s white socks. Those are Louis’ neat sand-shoes firmly printing the gravel. Here come warm gusts of decomposing leaves, of rotting vegetation. We are in a swamp now ; in a malarial jungle. There is an elephant white with maggots, killed by an arrow shot dead in its eye. The bright eyes of hopping birds — eagles, vultures — are apparent. They take us for fallen trees. They pick at a worm — that is a hooded cobra — and leave it with a festering brown scar to be mauled by lions. This is our world, lit with crescents and stars of light ; and great petals half transparent block the openings like purple windows. Everything is strange. Things are huge and very small. The stalks of flowers are thick as oak trees. Leaves are high as the domes of vast cathedrals. We are giants, lying here, who can make forests quiver’.

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cette merveilleuse facilité qu’a V de prendre la tangente, de se délester des poids et des courroies
on dirait qu’elle attrape toujours quelque chose de plus haut, d’encore plus haut, sans avoir à lutter contre la pesanteur, comme si celle-ci n’existait pas
chaque mot est précieux, chaque choix incline la courbe, et sera forcément alourdissant
(mais quelle chance de viser cette courbe impossible à atteindre, work in progress toujours)

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« Allons-nous glisser, dit Bernard, sous la voûte du groseillier, pour nous raconter des histoires. Allons habiter le monde du dessous. Emparons-nous de ce territoire secret, il est éclairé de chandeliers, de groseilles en pendeloques, rouges et brillantes d’un côté, noires de l’autre. Viens, Jinny, bien pelotonnés, serrés, nous pourrons nous asseoir sous la voûte du groseillier pour regarder se balancer les encensoirs. C’est notre univers. Les autres descendent le long de la route. Les jupes de madame Hudson et de madame Curry frôlent le sol comme des éteignoirs. Ici ce sont les chaussettes blanches de Suzan. Là, les sandales soignées de Louis, et leur empreinte ferme sur le gravier. Voilà qu’arrive l’odeur chaude des feuilles décomposées, de la végétation qui fermente. Nous sommes dans un marais à présent ; une jungle pleine de malaria. Il y a un éléphant blanc de vermine, mort d’une flèche tirée dans l’œil. Les yeux luisants des oiseaux qui sautillent – aigles, vautours – apparaissent. Ils nous prennent pour des arbres déracinés. Ils picorent un ver – un cobra à capuche – avec sa cicatrice brune et purulente, et l’abandonnent aux jeux des lions. C’est notre monde, illuminé de croissants et d’étoiles de lumière ; et de grands pétales à demi transparents ferment les ouvertures, on dirait des fenêtres violettes. Tout est étrange. Les choses sont immenses et minuscules. Les tiges de fleurs sont épaisses comme des troncs de chênes. Les feuilles sont aussi hautes que les dômes des plus grandes cathédrales. Nous sommes des géants, allongés là, capables de faire trembler les forêts. »

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