"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

/oblique il y a quelqu’un là, assis

samedi 19 octobre 2013, par Christine Jeanney

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[précédent /oblique n’est pas de la fiction]

il y a quelqu’un là, assis là, juste à côté de moi qui parle d’un, quelqu’un qui parle quelqu’un d’autre, un quelqu’un, ni un il, ni un elle, mais quelqu’un qui et quelqu’un qui ne serait pas un genre, qui serait juif et noir et prisonnier et réprouvé, qui aurait quelque chose à dire à propos de cet équilibre, cette question d’équilibre l’oblique s’en délecte, c’est le râteau qui ramasse des feuilles sans voir, qui aplatit déchire sans voir, l’oblique c’est le râteau, il faudrait, dit quelqu’un, ne pas revenir en arrière ni relire ni se relire car ce serait comme s’arrêter suspendre rompre avec la destination, demi-tour, l’oblique force à marcher tangente, tangente aussi ça pourrait être un verbe pense-t-il pense-t-elle, mais ce n’est pas une fiction, la fiction te fait avaler des couleuvres luisantes et retorses, belles comme des fins de jour, en fermant les volets brusquement l’odeur arrive toute proche d’un dehors au-delà ailleurs un parfum impossible à contenir, à ce moment, dit quelqu’un, tu dois juste accepter en fermant les volets que cette beauté existe sans toi, avec sagesse, un compromis à faire, le parfum de la fin du jour non plus ne se relira pas ne reviendra pas en arrière, il faudra le humer oblique ou alors se pencher, courber la tête, comme il le fait, comme elle le fait, les mots ne lésinent pas, petites pierres dures aiguisées, pesantes, sans aucune vibrations, même si à l’intérieur du caillou-lui ça vibre, elle ou lui ce sont deux canaux tracés, deux failles creusées, obligatoires et lâches, déjà la négation de l’autre avant même qu’il ai pu faire un geste, car il ou elle n’a pas encore levé le bras ni parlé, la solution tu penses, ce serait de donner un nom, un nom autre, un prénom, un signe, quelque chose qui le place qui la place il ou elle sur un autre niveau, non pas pour s’en extraire, s’en démarquer, ou dire je ne suis pas concerné, mais pour tout avaler, toutes les faiblesses de lui et les fêlures de elle, tout ce tout qui fait consistance, toute cette reconnaissance par des détail que l’autre a vu, verra à travers il ou elle à l’avance, les avaler, tous consommé en soi et par-dessus partir, se lever, lever le bras, parler, agir, être quelqu’un de plus grand que quelqu’un, sans être neutre, mais manger tous les genres, et ramasser autour de soi les gens comme on resserre ses jupes de fille en tant que femme, comme on regroupe des billes d’enfance en tant qu’homme, même les gestes sexués, c’est de l’oblique qui pèse


[suivant / que dans ta petite tête]


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Messages

  • prendre la vie en oblique pour sortir de ce qu’on nous dit de penser de ces réprouvés
    prendre la vie en oblique, en penchant la tête pour qu’elle berce les odeurs en-allées
    prendre les mots en oblique pour qu’ils ne blessent pas mais ne glissent pas sans trace
    prendre la vie en oblique pour être avec celui ou celle ou ceux qui sont là sans encore de nom
    (et rassembler ses jupes pour mieux jouer aux billes comme quand j’étais enfant)

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