"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -35 [The farm wagons strew the hedges with tufts of hay]

samedi 26 octobre 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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(work in progress toujours)

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’For how many months,’ said Susan, ‘for how many years, have I run up these stairs, in the dismal days of winter, in the chilly days of spring ? Now it is midsummer. We go upstairs to change into white frocks to play tennis — Jinny and I with Rhoda following after. I count each step as I mount, counting each step something done with. So each night I tear off the old day from the calendar, and screw it tight into a ball. I do this vindictively, while Betty and Clara are on their knees. I do not pray. I revenge myself upon the day. I wreak my spite upon its image. You are dead now, I say, school day, hated day. They have made all the days of June — this is the twenty-fifth — shiny and orderly, with gongs, with lessons, with orders to wash, to change, to work, to eat. We listen to missionaries from China. We drive off in brakes along the asphalt pavement, to attend concerts in halls. We are shown galleries and pictures.
‘At home the hay waves over the meadows. My father leans upon the stile, smoking. In the house one door bangs and then another, as the summer air puffs along the empty passages. Some old picture perhaps swings on the wall. A petal drops from the rose in the jar. The farm wagons strew the hedges with tufts of hay. All this I see, I always see, as I pass the looking-glass on the landing, with Jinny in front and Rhoda lagging behind. Jinny dances. Jinny always dances in the hall on the ugly, the encaustic tiles ; she turns cartwheels in the playground ; she picks some flower forbiddenly, and sticks it behind her ear so that Miss Perry’s dark eyes smoulder with admiration, for Jinny, not me. Miss Perry loves Jinny ; and I could have loved her, but now love no one, except my father, my doves and the squirrel whom I left in the cage at home for the boy to look after.’

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« Combien de mois, dit Susan, combien d’années à monter en courant ces escaliers, dans l’obscurité des jours d’hiver, la froidure du printemps ? Maintenant, c’est le milieu de l’été. Nous montons enfiler nos robes blanches pour jouer au tennis – Jinny, moi, et Rhoda derrière nous. Je compte chaque marche que je monte, je compte chaque marche comme une chose terminée. Et tous les soirs j’arrache le jour du calendrier, je le chiffonne, serré en boule. Je le fais avec hargne, pendant que Betty et Clara s’agenouillent. Je ne prie pas. Je me venge sur le jour. Je vide ma rancœur sur son image. Je lui dis Tu es mort maintenant, jour de classe, jour haïssable. Ils ont fait de tous les jours de juin – nous sommes le vingt-cinq – des jours luisants et ordonnés, avec des gongs, des leçons, avec des ordres, se laver, se changer, travailler, manger. Nous écoutons des missionnaires qui viennent de Chine. Nous roulons sur l’asphalte, en breaks, pour aller voir des récitals. On nous montre des galeries, des tableaux.
Chez moi, les foins ondulent dans les champs. Mon père fume, adossé à la clôture. Dans la maison une porte claque, et puis une autre, pendant que l’air d’été s’engouffre dans les couloirs vides. Peut-être qu’un vieux tableau se balance sur le mur. Un pétale de rose tombe du vase. Les charrettes sèment des touffes de foin par-dessus les haies. Tout cela je le vois, je le vois sans cesse en passant devant le miroir du palier, avec Jinny devant et Rhoda à la traîne derrière. Jinny danse. Jinny danse toujours sur l’affreux carrelage ciré de l’entrée ; elle fait la grande roue sur le sol du terrain de sport ; elle cueille une fleur, même si c’est interdit, et elle la pique derrière son oreille pour que les yeux sombres de Miss Perry se consument d’admiration, pour Jinny, pas pour moi. Miss Perry aime Jinny ; et j’aurais pu l’aimer, mais maintenant je n’aime personne, sauf mon père, et ma colombe, et l’écureuil que j’ai laissé dans une cage à la maison pour que le garçon s’en occupe. »

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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