"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

Un mur une voix, rien d’autre

vendredi 15 novembre 2013, par Christine Jeanney

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Un mur une voix, rien d’autre, et sur le mur sur le mur je trouve
sous un lien - une recherche avec le nom du lieu très mal orthographié, mais c’est l’erreur qui fait que je le trouve
et ce lien au-dessous - la trace de Protégé, son nom, un train et deux destinations dont je ne connais pas l’ordre, Do, Da, Do pour Dora, Da pour Dachau, le nom sur la ligne du dessus suivi de points d’interrogation, et un trait à la fin qui indique Pas d’observation, les noms dans l’ordre, l’ordre de mourir de faim et la petite voix dit qu’une fois rentré, une fois fini tout ce carnage, il ne supporte pas de voir une miette sur une table, il les regroupe toutes sous de la mie pain, s’applique à les faire adhérer à la mie molle et blanche qu’il a roulée en boule il récupère les miettes, pas une ne manque, ce qu’il rassemble d’avoir vécu en creux ce creusement de faim qui ne meurt pas, sa trace
les messages s’ajoutent, viennent se coller au mur avec maintenant, les miettes d’aujourd’hui sur la table, ce qui reste si ténu, si mince, que des miettes miettes minuscules, puis ça s’ouvre et d’autres voix se joignent, autres recherches, miettes murmures, puis clairement écrit ces signes qui donnent un autre nom une date et un itinéraire
Un train stoppé six fois, cela a dû creuser six cassures dans le ventre et faire tomber six espérances, le convoi stoppé à Dormans, puis Bar-le-Duc, Nancy, Lérouville, Avricourt, au passage de la frontière, tunnel démoli, évacués les uns par Nanteuil, les autres par Saâcy et les derniers par-dessus le tunnel balayés vers la faim, miettes de chance, Do, Da, miettes roulées en boule dans des couloirs que d’autres écrivent, Choses effrayantes, l’écorce d’une châtaigne, nouveau message, envoi groupé, j’ai réglé la pendule, les jouets éparpillés dans le jardin. À la sortie de l’école, un homme et une béquille, un morceau de plastique qui flotte sur la route, un moteur allumé, ça ronronne calme. Simultané superposé, le mur ne fait pas de cadeau, le mur ne met pas de distance, le mur arrive à se couvrir d’un train en marche stoppé six fois, les cheminots criaient : " Vous n’irez pas plus loin, la guerre est finie. Les Alliés ont débarqué à Saint-Tropez. " mais ça n’a rien changé et la petite voix qui porte tout sur ses épaules me dit Comme un soleil, il était beau comme un soleil, il est l’heure, je sors de la voiture, les grilles vont s’ouvrir et des fils, minces fils de la fresque vont sortir. Je lui donne la main pour traverser, j’ai une musique en tête, d’où vient-elle, je ne sais pas, une musique en tête juste à ce moment-là, en rentrant je cherche les paroles et je les trouve, Voi che sapete che cosa e amor, c’est elle, cette musique sur le mur, ça n’a jamais été une autre


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