"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

FRICHE

TENTATIVES PONCTUELLES //

[Hachèmes]

Hachème des premières impressions

samedi 6 septembre 2014, par Christine Jeanney

- au rythme d’un par jour -
- tous les hachèmes ici
-

Enfant, j’ai joué au sable,
mais pas tout de suite.
Au début,
je ne pouvais pas le toucher sans hurler,
sans pousser des éclats d’horreur

- disparition - du
qui s’enfuit -
- désagrègement. La
bouche d’aération
soufflait l’air tiède la nuit,
me dispersait sable, souffle son râle, illimité, contre ma volonté
m’aspire,
horreur du battement du train la nuit,
lointain,
la tête collée au mur contre le lit, tatatapoum tatatapoum,
de loin, seule à l’entendre avant tous - qui dorment - , tatatapoum, des mains
frappent, tatatapoum, des mains d’enfants sanglés de tambours rutilants,
marchant dans ma rue, tatatapoum, quatre par quatre, tous dorés,
tatatapoum, une armée de visages identiques la nuit, chérubins, un bataillon
tatataboum, pur et sourd, tatatapoum, inarrêtable, aveugle, rapiécé de
misère, incongru, et ceux qui ne sont pas d’ici mais d’où sont-ils ?
la peur qu’il m’emmènent avec eux,
là où personne n’appartient à quelque chose.
En fanfare lézardée, tatatapoum les sons, tatatapoum les mots les rutilants tambours de mots,
Je les ramasserai tous.
Je les ramasse encore et les serre contre moi, pour qu’ils fassent corps
quand j’entrerai dans la bouche à dispersion.

Parmi eux (c’est peut-être le hasard,
j’avais les yeux fermés en ramassant)
il y a beaucoup de luttes,
de tremblements, il y a beaucoup de voix cassée.
Beaucoup de mélodrame, tant que c’en est parfois comique le drame,
grotesque le drame, beaucoup d’inéluctable à désosser de rire.
J’écoute.
Je ne sais pas qui j’écoute mais j’écoute.
Je voudrais voir qui j’écoute, je l’écoute.
J’essaie d’entendre à l’intérieur.
Parfois c’est muet, ou ça ne s’explique pas, ou ça voudrait parler mais
ça breloque.
Je fixe les déclarations, un temps.
Je regarde passer.
Le bataillon.
Je regarde.
Je fixe les images, un temps.
Parfois c’est une couverture,
parfois ça m’explique autre chose à contre-coup - on a beau fixer les images, le temps s’arrange pour contredire.
Et parfois c’est voué à l’échec.
Parfois tout s’acalmise un temps et tout semble ordonné, ou je le crois.
(parfois) (ce n’est qu’une impression)
(tous mes parfois ne veulent pas dire la même chose)
Il y a ce trop-plein qui doit bien déborder quelque part.
C’est sinueux, ça n’ose pas, incertain, une mélodie qui
voudrait être mélodieuse mais qui
se trouve insupportable de n’être
pas râpeuse, cailleuse, à gouffres,
de n’avoir pas autant de braises qu’il faudrait, de ne pas
écorner les oreilles, de ne pas retourner
la gorge,
tout érafler, de ne pas tonner
perte et fracas, libre pour dire.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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