block note de la chaise et du feu
mercredi 2 septembre 2026, par
Si mon site va en s’effaçant au fur et à mesure, je garde mon block note, j’insiste avec lui, et je le prends maintenant, peut-être encore plus à cause de l’évaporation, comme un moyen de déposer des pensées quelque part pour les examiner, pendant ce temps spécial où je l’écris. Ce matin j’ai entendu parler de la contagion des images, et d’un film qui propose cette contagion sans discours, sans délimitation entre réflexion et sensation. J’ai aimé qu’on me raconte une scène de ce film, et cette narration, cette histoire dans l’histoire, me restera peut-être plus facilement en tête que le film lui-même. Le film sera, j’imagine, autre chose, mais cette histoire agit comme une porte d’entrée, une ouverture à contagion. Je commence un nouveau chantier. Je mets en place des pans, des parties, une suite de propositions de collages. Je n’ai jamais procédé de cette façon, en prévoyant, en installant une procédure sans qu’il y ait un rapport de force entre ce que je veux faire et ce qui sort de mes mains, du papier. Je pense que ça pourrait être aussi le point d’ancrage d’un texte, comme un "chemin de fer", un matériau que je vais pouvoir revisiter autrement plus tard. Je ne pose pas la question de pourquoi, ou pour qui, de vers qui pour l’instant. J’ai l’impression qu’autour, tout va en se resserrant, en se multipliant, en s’étirant. Ça se resserre sur des idées vieilles et puantes, boucs émissaires prêts à l’emploi. Ça brasse des chiffres toujours plus hauts, un emballement tout sauf matériellement viable, et puis ça étiquette et ça compte tout le temps, le nombre d’entrées, de ventes, de prix [1]. Ça s’étire en interrogations pressantes sur l’avancée qu’on verrait mieux soudain, parce qu’elle est devenue épidermique, qu’elle mange le territoire commun de flammes et de noyades. Je pense à mes collages et je fais mes collages avec forcément ça en arrière-plan. J’ai lu une autre histoire, un entrefilet, sur quelqu’un qui écrit dans sa tour d’ivoire, sa bulle, protégé de tout, et comme je ne suis pas charitable, j’ai pensé que ça ferait un peu plus de papier à brûler, et à une scène de Vivre dans le feu où le personnage doit rester immobile sur sa chaise dans le brasier.
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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
[1] (V m’a rapporté un mot, je ne sais plus s’il est de Guitry ou Cocteau, qui en réponse à "Le public a beaucoup aimé cette œuvre" avait répondu "il est bien le seul")



Messages
1. block note de la chaise et du feu, 2 septembre, 12:03, par brigitte celerier
"Je n’ai jamais procédé de cette façon, en prévoyant, en installant une procédure sans qu’il y ait un rapport de force entre ce que je veux faire et ce qui sort de mes mains, du papier. " n’est ce pas une bonne porte d’entrée
quant au site qui s’efface, le mien chétif qu’il est et ave e moins en moins d’intérêt... volontairement et involontairement, sombre de plus en plus... quelques survivants qui passent et la liberté conquise et dont je n’use pas
chacun à sa manière la Cocteau et Guitry auraient pu être l’auteur