"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 10 11 18 - sismographe

samedi 10 novembre 2018, par Christine Jeanney



- j’ai un souci avec "travail en cours"
tout est toujours un travail en cours
si j’indique quelque part "travail en cours" ça veut dire que c’est un aperçu, qu’on doit attendre que ce soit fini, que c’est un brouillon, destiné à arriver quelque part, à se transformer en autre chose, à se matérialiser en objet précis, genre un livre
mais est-ce que les livres que j’ai finis-publiés ne sont pas encore et toujours du "travail en cours"
par exemple yodlt, presque tous les jours quelque chose me rapproche de yodlt, me fait souvenir, ou vient s’ajouter comme une compréhension supplémentaire
sans doute que, au moment où le livre s’écrit, c’est tentaculaire, vivant, rhyzomique, que ça me mange autant que je le mange, mais la publication papier ne met pas forcément un terme, avec le point final imprimé proprement
les livres ne se retrouvent pas toujours derrière, oubliés, refermés
l’aboutissement en objet-livre, c’est parfois juste la photo d’un temps précis qui ne dit rien de la lave qui coule dessous, à l’intérieur, ni des déplacements qui continuent
on dit souvent qu’une fois écrit, un livre part, il s’en va faire sa vie, il devient autonome avec la lecture que les autres en ont, il se détache de soi, je n’y crois pas
ce sont des limites, des frontières qu’on place, mais est-ce qu’on placerait les mêmes limités les mêmes frontières entre soi et qui on a été
ce que j’ai été dit ce que je suis
j’ai un problème avec les limites, les frontières
je suis toujours la même, que je tricote, que je prenne en notes les mots entendus, que j’entame un nouveau projet en mixant des sons, en regardant des images, je suis toujours celle qui a écrit yodlt et qui reste dans ce temps, je suis toujours à entendre la voix d’oblique
parce que j’ai un problème avec les catégories
prose/poème/dessin/sons/création
je ne vois pas ce qui peut empêcher de tout faire puisque tout est lié
j’ai un problème sur ce site, avec le rangement en catégories de la colonne de droite
parfois je ne sais pas où ranger ce que je fais
est-ce qu’un tricotag n’est pas aussi du texte qui s’écrit au-dedans en même temps qu’un pied dans la porte du dehors
est-ce qu’un poèmenibus n’est pas un alliage de lirécrire en lien avec le passé, le recyclage, le moindre, une pratique pour tourner le dos aux falbalas-paraître-surfaces qui méprisent la matière même de ce qu’on fait et qui ont est
et quand je fais l’e dans l’o, dans quelle catégorie ça rentre (texte, collage, chaque mois, expérience, lecture, etc.)
les catégories, c’est surtout pratique pour les boutiques en ligne
pratique pour consommer
- j’ai un problème aussi avec les aboutissements
aboutir, c’est bien laid comme verbe
la fin, le processus, sans doute que des esprits éclairés ont des théories sur ce thème de philo, moi ce qui m’arrange c’est de faire, dans le temps du faire, en vivant le moment du faire, pas avec l’optique d’aboutir, ou l’arrière pensée de se retrouver quelque part
plus j’y pense et plus je pense que l’idée d’arriver quelque part n’est pas vraiment une superbe idée
je ne vais pas quelque part
j’attrape ce qui existe, mots, collages, découpages, images, sons, phrases et j’assemble cette matière, je tente d’assembler cette matière, c’est mon travail, tenter d’assembler de la matière, et regarder en le faisant ce qui se passe, non pas en manipulant depuis l’extérieur, mais du dedans
je tiens à rester dedans, sinon je risque de retomber sur des frontières et des catégories
- finalement l’avantage de vieillir c’est aussi de pouvoir se moquer des obligations-tiroirs-catégoriels
déjà parce que je ne me retrouve pas dans ces rangements-là, mais pas seulement
parce que tout ça manque d’air
ça manque d’air terriblement
- le sismographe n’invente pas son tracé
il fait écho, tape recorder
c’est ce que je fais en ce moment
sans emballage/décor/arrangement autre que ce qui me semble juste en le faisant
c’est une façon d’explorer, de prendre l’air, de contourner aussi
je veux prendre les limites et les catégories comme je prends le papier imprimé trouvé dans des brocantes, ne rien effacer, mais réutiliser, réagencer
peut-être qu’en déchirant une catégorie en petits morceaux de hasard (objectif) on pourrait façonner d’autres catégories, capables de prendre en compte les complexités et les nuances du faire pendant qu’il se fait et du temps passé qui n’est pas passé puisqu’il fait bouger le présent
on ne peut peut-être pas lutter contre le cerveau humain qui veut toujours classer, ranger, mais on peut peut-être tirer sur le tapis, pour que les limites se tordent un peu, qu’elles se déforment
au moins montrer que c’est poreux, parce que ça l’est



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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • remarque quand même que dès qu’on commence à écrire on range, c’est bien forcé aussi (je veux bien tirer le tapis, mais ça risque aussi de faire choir la belle tasse sur la soucoupe sur la table basse - et la briser, tout en renversant ce qu’elle contient sur le verre transparent de la table :°))
    dès qu’on commence à faire quelque chose, si on veut le retrouver on est bien obligé de le ranger ou bien on le retrouve pas
    et puis l’âge aussi on peut dire que c’est une sorte d’aboutissement (c’est vrai qu’aboutir est pas joli - mais aussi, parfois, il y a un bout) (il y a aussi une fin : on la regarde parfois, et, quand on vieillit, on se dit qu’elle va finir par arriver) (on en croit pas qu’elle puisse se rapprocher puisqu’elle est toujours avec nous, là, juste à côté)
    même si je passe à la ligne, c’est pas pour autant que je fais des phrases
    les catégories, c’est une affaire entendue, ça ne sert qu’à ranger et dans tous les cas, la plupart du temps c’est-à-dire toujours, elles sont fausses et on trouvera empiriquement des contre-exemples - si on les définit, c’est pour mieux les contourner et s’en abstraire : on a toujours à penser cependant à l’après - c’est pas simplement le bout, c’est ensuite, la suite et le continument
    en revanche j’aime bien empiriquement bien que je ne préfère pas l’empire
    on n’en a pas fini mais ça ne va pas nous empêcher de continuer et de continuer encore (c’est ce que je te/nous souhaite)

  • j’avais des tas de choses qui se disaient en lisant et qui étaient effacées par la suite, alors juste le principal : NE CHANGE PAS (même si sais pas comment tu y arrive)
    et quand à la fin de quelque chose elle n’est jamais un aboutissement, elle continue à faire son chemin comme tu l’évoque ou si la chose, l’action était une obligation, elle n’est qu’un soulagement

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