TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - appel et cabine téléphonique

mardi 2 juin 2026, par c jeanney

Je lis deux articles à la suite, c’est peut-être le hasard, ou un biais cognitif de mon cerveau, mais je sens un lien entre eux, un lien très fort, que je ne sais pas identifier, et que je ne saurais peut-être pas expliquer, mais c’est l’endroit ici pour le tenter, le block note est un couteau suisse, il sert à se souvenir de, à rêver à, et à tenter de façon fragmentaire d’identifier quelques pourquoi. Le premier est la présentation de La ville qui n’existait pas 4 : La maison des rêves (2612), de Gregory Chatonsky. Le deuxième est un article de wikipedia sur le Nüshu. Ils se ressemblent. Je crois qu’il y a une sorte de même courant électrique qui les traverse. Sauf que pour l’un c’est "pour du vrai" comme disent les enfants, et pour l’autre, c’est "pour du semblant". La maison rêvée (de Chatonsky) est inventée, prospectée, dérivée, augmentée, hallucinée, comme les images tordues sur les téléviseurs qui inventent la pluie sous les rayures ou les taches présentielles de spectres, rien n’est réel et tout est vrai, c’est du possible, mais arrosé avec un engrais très puissant, qui lui laisse prendre son autonomie. C’est une création. La langue secrète (le Nüshu) est un à côté, une voie récalcitrante et parallèle, une vie malgré que, maigre, squelettique, la chanson des os qui se mettent à danser sous l’oppression. C’est une création. Ce sont deux expressions liées par la même sève, s’emparer de la liberté, et quelque part, s’échapper. Deux modes de survie. La vie s’échappe. Même conçue à partir de molécules qui n’ont rien en commun, elle échappe. Elle sort d’un appareillage compliqué à base d’une langue binaire propre aux machines (ia) mais transcendée par de l’humain, un jeu de miroir, comme ces lustres en pendeloques de larmes de verre où se reflètent les bâtiments d’une ville et des visages éventuels, neufs ou caricaturés. Dans l’autre cas, elle sort de l’impossibilité d’être ("écriture des femmes"), elle sort ancrée dans des corps. C’est peut-être ce qui relie ce qui ne semble pas lié, le grand écart fait par deux jambes collées au même tronc, entre trop de corps et pas assez de corps, entre une projection et le mouvement contraire, je ne sais pas comment ça s’appelle. La maison rêvée se projette vers un extérieur tous azimuts, sans freins, élaboré comme un ballon qui ne tiendrait pas compte de l’existence de sa ficelle. La langue secrète est le ballon et sa ficelle enroulés sur eux-mêmes et serrés en fagots, prêts à être cachés de poche en poche ou dans la manche, dans des replis vivants, incompressibles. On ne peut pas aller au plus large dans un cas, dans l’autre on ne peut pas aller au plus serré. Je suis attirée, au sens d’attraction, par les deux, mais en plus, pour les femmes et leur langue, j’ai de la tendresse. C’est peut-être le bourgeon en plus, la tendresse. J’ai l’impression que la maison rêvée pourrait tourner sans fin, comme un satellite dans l’espace, emportant à la fois tous les sons et aucun, le dessin de l’homme de vitruve et l’espoir d’un œil pour le voir. J’ai l’impression que la langue secrète est une de mes cellules, qui vit et meurt comme une de mes cellules, en suivant son chemin dans mes veines. J’en reviens au même point d’ancrage, qui tient dans le mot "incarné". Je peux choisir intellectuellement l’incarné ou le désincarné, je trouverais toujours de bonnes raisons. Pour ce qui est de la tendresse, je ne choisis pas, je la reçois de la langue opprimée, des corps en vie traversés par cette langue. Où va, en qui, en quoi, s’incarner l’héritage et ses suites.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • dans un premier temps en digne inculte,ignorante etc... je ne connais ni l’un ni l’autre, alors j’apprends, je tente de deviner
    mais oui (et je veux croire que ce n’est pas unquement pare que suis influençable) malgré l’image de la maison emportant l’homme de Vitruve, je suis sensible à la langue secrète des femmes (je me dis que peut-être pour une fois je saurais l’apprendre)

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