block note - bannière
lundi 2 février 2026, par
Si ça se trouve, tout ce que je déteste est lié. Si ça se trouve, patriarcat, fascisme, violence aux femmes et aux enfants, destruction du commun, des animaux, des plantes, exploitation morbide, finance et cruauté, prédation, tout est lié. Il y a au musée en face de chez moi un objet bizarrement laid, un étendard, sombre, poussiéreux, couvert de médailles, d’aigles vainqueurs, de feuilles d’acanthe et de profils majestueusement affreux. Je crois que ça s’appelle la bannière de l’orphéon et c’est bien moche. Si ça se trouve, je pourrais faire une bannière d’orphéon de tout ce que je déteste et ça ressemblerait à celui-là. La question c’est pourquoi, pourquoi je ferais ça. Peut-être pour garder en ligne de mire ce que j’abhorre ? Pourquoi est-ce que je ne sais pas me focaliser sur ce que j’aime et qui me semble bénéfique ? À cause de l’assemblage des couleurs, le clair-obscur, qui fait qu’il faut le mal pour voir le bien, qu’il faut l’horreur pour prendre des nouvelles du merveilleux ? Mon cerveau ne sait faire que trier, il arrive mal à englober. Je suis sur la piste, je vois des traces, c’est l’orphéon qui est passé par là. Il a égratigné le sol avec ses bouts de médailles tranchantes et son tissu si lourd qu’il masque le nombre de tirs à vue, 70 000, 30 000, avec l’index sur la bouche, chut, j’exige le silence dit-il. Il y a des sifflets, des casseroles, et des activités contrariantes pour lui, ce serait le moins, le minimum, d’au moins tenter de le contrarier. Il n’y a pas de petites affaires, de petites occupations, de petits gestes. Tout est lié. Je ne vais pas faire une bannière d’orphéon du bien, un étendard désirable, parce qu’étendard et désirable ne vont pas bien ensemble, ou alors si, si l’étendard choisi est un sourire, pas un aigle à deux têtes. Je peux me focaliser sur le fragile. Grande découverte me dit le vieux prof au-dessus de mon épaule en se moquant. Il a raison, je passe un temps considérable à découvrir ce que je sais. J’entends une phrase avec le mot "vulnérable", il me surprend comme un mot neuf.
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Messages
1. block note - bannière, 2 février, 18:25, par brigitte celerier
on pourrait si, comme je le suppose ; il y a des musiciens pour cet orphéon un jour où on sort la bannière, on pourrait s’y introduire et jouer des fausses notes pour les désorienter (je pourrais le tenter, j’arrivais chez les nonnes à faire dérailler la chorale surtout pour le grégorien jusqu’à la transformer en orchestre de binious)
on pourrait aussi venir en groupe, se planter devant leur bannière et rire
1. block note - bannière, 3 février, 10:28, par c jeanney
Ah, les fausses notes, c’est une arme fatale :-)))
2. block note - bannière, 3 février, 10:58, par PdB
en vrai, oui, ça se trouve...
1. block note - bannière, 4 février, 08:33, par c jeanney
(et pourquoi non, comme dirait l’autre) (j’aime bien cette expression, mais c’est jamais pourquoi oui au final))
3. block note - bannière, 3 février, 16:27, par alexia
Pour faire une glace ou une semi-glace de viande, il parait qu’il faut utiliser un fonds non-lié...
faire simplement réduire en écumant et en passant au chinois aussi souvent que nécessaire jusqu’à l’obtention d’un liquide à tendance sirupeuse.
Pô mieux.
1. block note - bannière, 4 février, 08:34, par c jeanney
passer au chinois aussi souvent que nécessaire, voilà le défi (merci Alexia)))
4. block note - bannière, 6 février, 22:29, par Caroline Diaz
vulnérable m’est resté, comme une fragile boussole, merci pour cette façon de relier tendrement les choses.
1. block note - bannière, 7 février, 08:14, par c jeanney
Merci Caroline (je l’ai redécouvert ce mot, vulnérable, "du latin vulnus, vulneris : blessure, qui a donné l’adjectif latin vulnerabilis avec deux acceptions : qui peut être blessé, mais aussi qui peut blesser, le français vulnérable n’a gardé que la première signification" (je comprends pourquoi, sinon on aurait pas su qui ou qui ou qui était fragile))