TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - captures d’écran

jeudi 5 février 2026, par c jeanney

Hier j’ai revu Un américain à Paris pour la troisième fois je crois, mais je ne me souvenais que du dernier tiers du film, le reste m’a semblé neuf (j’ai tendance à oublier les choses que j’aime de façon plus ou moins délibérée, par exemple je peux relire une nouvelle de Conan Doyle en ayant oublié l’indice déterminant, ce qui fait déclic, et c’est ce qui me réserve un gramme de suspense, surtout quand je lis l’histoire pour la trente-quatrième fois). Bon j’exagère, je me souvenais quand même un peu de la façon dont finissent les scènes, sur un point d’orgue, un rire collectif appuyé ou bien des dizaines de mains en éventails et tous les figurants épanouis de bonheur, comme de juste. Mais on regarde avec le présent, et j’ai donc redécouvert le personnage de Gene Kelly, magnifique prédateur lancé sur la proie qu’est Leslie Caron qui n’arrête pas de lui dire non, sans effets. Qui passe d’un amour résigné, sorte de gratitude pour Georges Guétary, un "je lui dois bien ça", à un amour inévitable, tant la contrainte de Kelly est musclée, l’homme bouge comme une panthère. Mais surtout, j’avais raté le "plat d’asticots" (ce que je ne sais plus qui, Claudel peut-être, disait du Bain turc d’Ingres) : Georges Guétary chante et l’œil est attiré par les marches d’escalier qui s’allument sous ses pas, aussi le regard glisse sur le décor, des sortes de lampadaires couverts de corps de femmes placées comme des draperies. C’est quand même fabuleux, ce qui est montré explicitement et qu’on ne regarde pas. Les femmes lampions. Elles sont vêtues de soie couleur chair. Pâte à modeler, à triturer, et forcément cette industrie du divertissement comme on dit montre son fonctionnement, c’est clair comme une ampoule de lustre. Et donc Leslie Caron va dire oui, ses nons n’ont aucune portée ou signification dans le réel (de l’histoire, de la fantaisie du film, de l’emploi, metro-goldwyn-mayer et associés). J’ai pensé à une autre scène : cette fois-ci avec autre chose qu’un homme en chapeau claque dans l’escalier comme centre événementiel, prenons une femme, et pas n’importe laquelle, the femme, Marylin, et dans cette scène ce sont les hommes qui devraient devenir les éléments interchangeables du décor, comme des rideaux ou des tabourets. Mais là aussi, dans la scène des diamants, il y a des femmes lampadaires, femmes loupiotes, cette fois-ci pas couleur de chair, on est passé au stade suivant (Un américain à Paris, c’est 1951, Les Hommes préfèrent les blondes 1953), couleur coulisse, obscurité de la cave, sous-sol, non-couleur. Femmes outils. Femmes clés de douze. Voilà un livre à écrire : retrouver tous les noms de ces femmes matériaux luminaires et enquêter sur elles, qui étaient-elles, jolies, brillantes, passées menues dans le hachoir entertainment, mais ça semble impossible, il faudrait compulser les archives, des génériques, enquêter je ne sais pas comment (elles ont dues être heureuses d’être choisies, ou bien est-ce qu’elles n’étaient pas dupes, un peu colère mais c’est la profession qui veut ça, et où sont-elles allées ensuite, beaucoup d’entre elles sont encore vivantes, qui va penser à faire un film documentaire sur elles, où elles seraient interviewées, leurs filles peut-être ? je ne vois que la sororité pour s’en préoccuper).

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • "bouge comme une panthère" oui et ça permet de lui pardonner son sourire dents blanches
    j’avais aussi oublié les lumières des marches d’escalier
    quant aux femmes les comédoes musicales otnt pour effet de montrer leur rôle d’accessoire disponible surtout si elles sont belles
    c’est aini (mais le tout, le principal est qu’intéreurement elles s’en moquent prenant ainsi le dessus - ce que j’ai appris fillette en écoutant une femme de ménage alfgérienne)

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