block note - carnet
mercredi 7 janvier 2026, par
Je me rends compte que mon carnet à idées doit posséder plusieurs caractéristiques, une couverture rigide pour le confort de prises de notes, un format assez large pour l’espace, et j’ai ce qu’il faut, mais qu’est-ce que c’est, noter ? rapide, allusif, entre-deux, évocateur, peut-être pas assez, et peut-être que j’aurais besoin d’imprimer des images pour les agrafer au carnet, histoire de ne pas perdre de vue ce que j’avais pensé sans l’approfondir le temps d’une seconde. C’est très banal ce que je raconte, c’est la banalité de l’agir, avec une forme de petite besogne qui l’accompagne, comme éponger un mur ou laver le sol. J’ai lu un jour un passage dans un livre qui m’avait enchantée, la description du lavage d’un carrelage, arabesques, virgules d’eau qui sèchent, mouvement pendulaires ou circulaires, surfaces moirées, pans satinés qui devenaient mats, ça m’avait enchantée, mais quand j’ai voulu retrouver plus tard ce passage dans le livre, impossible. J’avais dû le fantasmer à partir d’une seule phrase ou d’un mot. J’avais sûrement étoffé (parce que j’en avais besoin, mon cerveau l’appelait) ce qui ne correspondait qu’à un grain de rien, minuscule, en une plage de temps, temps étalé dans le livre, ce qui me fait penser à Bruits d’Anne Savelli, où le temps est présent comme une grille, comme des griffes, une façon de s’accrocher, un treillage, mais usé (parce que le temps), un grillage troué ou aux mailles tordues, le temps est sous Bruits comme une armature de fil de fer sous un bonhomme carnaval à faire brûler, c’est-à-dire que sans lui, sans le temps, on n’est rien, on ne fait rien (c’est banal), mais Bruits montre ce temps comme rarement je l’ai vu dans un livre, comme ces tuyaux de Beaubourg à l’extérieur de sa façade, très vite l’esprit l’intègre, et très très vite l’esprit remercie celui/celle qui a fait cette prouesse de montrer un morceau du squelette sous la chair dans un mouvement qui enveloppe, répare, emmène. Je vais continuer de lire Bruits avec gratitude. J’ai fini un tissage, surtout pour mettre au point une technique qui soit assez répétitive sans l’être. Je note "la répétition" dans mon carnet, je note "l’accumulation" qui est proche. Je note les vaguelettes répétitives de River Wave et Cloud Considering de Kusama (je ne suis pas touchée par ses ronds pop colorés très nets, j’aime mieux lorsqu’elle s’approche de textures vivantes, organismes, cellules).
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Messages
1. block note - carnet, 7 janvier, 18:33, par brigitte celerier
carnet j’y mets rien et d’une écriture illisible et puis j’ai l’appareil photo dans la poche ou le sac et ce sont des notes dont je me sers ou non
Anne Savelli j’aime tout - comme chez toi - j’ai de la chance
1. block note - carnet, 8 janvier, 09:12, par c jeanney
Tu verras Brigitte, Bruits est unique, incomparable, et c’est rien de le dire.
2. block note - carnet, 7 janvier, 20:15, par Anne Savelli
Oh, Christine, tu ne sais pas, mais Beaubourg, justement... (Je ne dis rien de plus, de peur que ça s’envole).
Je vais garder précieusement ce texte avec moi.
Merci.
1. block note - carnet, 8 janvier, 09:15, par c jeanney
Anne, je ne sais pas comment dire à quel point c’est fort ce que tu as écrit (et aussi à quel point on sent un ancrage profond, qui vient d’années et d’années, c’est creusé, sous l’apparente ligne écrite, ça creuse).
3. block note - carnet, 7 janvier, 20:57, par Juliette Derimay
Plutôt souple, le petit carnet noir, pour qu’il se plie à la poche et qu’il soit toujours là, pour les riens et les petits riens, dont, la plupart du temps, on se souvient, rein que de les avoir notés. Ou alors les retrouver parce qu’ils sont sur un blog cher ;-)
1. block note - carnet, 8 janvier, 09:16, par c jeanney
Merci Juliette, c’est vrai que le contact facile est important (et donc la taille de la poche) (dans les vêtements les plus élégants destinés aux femmes, la présence de la poche est optionnelle, il y a une forme de logique) :)))