block note - cloud
jeudi 21 mai 2026, par
Je me souviens de l’histoire de final fantasy 7 comme de quelque chose d’incompréhensible mais qui a à voir avec l’identité, le double, le clone, et je crois bien qu’à un moment le personnage principal découvre une seconde planète identique à la sienne, dans le ciel, qui se dévoile. L’énigmatique des événements était sûrement dû à une traduction expéditive, parfois les dialogues n’avaient aucun sens mais ça n’empêchait pas une sorte d’émerveillement et le désir d’avancer dans l’histoire, même en sachant à l’avance, inconsciemment, qu’on ne comprendrait pas plus à la fin qu’au départ de quoi il retournait. Il y avait des luttes, de la résistance, des faibles à protéger, des méchants très méchants, des structures rigides, des soldats du pouvoir en place à combattre, des cartes à explorer, des jeux (des jeux dans le jeu), des monstres qui changeaient d’apparence et des sortes de malédictions, chaque personnage étant pris dans son rôle, obligé d’assumer sa propre logique interne, son emploi, ce à quoi il était destiné. Dans ff7 le personnage central apprend qu’il est un clone. Il n’est donc pas lui. Il est le reflet d’un autre, il porte la malédiction, les batailles et les souvenirs d’un autre. Dans ff10, le personnage central apprend qu’il est un rêve. Il est mort dès le début, et c’est un puissant rêve collectif qui lui donne l’apparence d’être en vie. La traduction s’est améliorée, le scénario est plus clair. Dans ces deux opus, il y a l’idée qu’être soi n’est pas une idée solide, qu’on peut évoluer dans et interagir avec un milieu trompeur, et en plus se tromper sur soi, sur qui on est. Au final (fantasy) on est toujours à côté de la plaque. Mais ça n’empêche pas le désir, la quête, la volonté d’espérer, la tension organique, inconsciente, inéluctable vers un but. J’ai cru comprendre que nous avions atteint le point où il y aurait autant de morts que de vivants sur facebook. Les comptes des morts n’ont pas été désactivés, et leurs profils existent toujours, comme des ex-votos sous camouflage. On peut recevoir la suggestion de les ajouter en amis (d’après ce que comprends, je n’ai plus facebook, je l’ai quitté car je comprenais rien à son fonctionnement, et le désir de dépasser mon incompréhension était ralenti par mon opinion sur la toxicité de zuckerberg, yachts et masculinisme associés). Les publications scientifiques explosent grâce à l’ia. Elles sont si nombreuses que pour les lire, les évaluer, on utilise l’ia, donc des ia jugent le travail des ia. Sur spotify le nombre de musiques générées par ia est encouragé par le nombre d’ia programmées pour les écouter et faire ainsi monter leur popularité. Le nombre de livres écrits par ia est devenu si conséquent que pour s’extraire du lot un livre écrit par une ia doit être promu, noté, encensé par des bots artificiels. C’est comme si apparaissait dans le ciel la deuxième planète de ff7. Sur cette planète-clone, les livres se lisent entre eux et les musiques s’écoutent entre elles pendant que des articles s’augmentent en cercles concentriques fermés. Le problème, c’est l’incarnation. Peut-être autant le manque d’incarnation que le trop d’incarnation. Le manque d’incarnation agissant sous la forme de comptes ectoplasmiques, de livres non-lus par un œil situé, de musiques où l’intervention d’une oreille est accessoire, une non-incarnation qui allumerait une planète 2, comme dans ff7, un lieu virtuel, en papier calque. Ou bien ce serait trop, on aurait un trop grand besoin d’incarnation au contraire, parce que ce serait trop dur sans elle, et arrive le rêve collectif de ff10 qui rend puissamment vivant ce qui est mort (genre l’espérance ?). Qu’est-ce qu’on incarne. Qu’est-ce qu’on veut incarner. Dans notre corps, il y a plus de cellules étrangères que de cellules humaines (flore intestinale, micro-organismes, bactéries, etc.). Nous sommes nous et autrui. Une sorte d’écosystème, pluriel, compliqué, et, dans une grande part, encore inconnu à nous-mêmes, avec nos maladies orphelines, nos biais de perception, les micro-gestes qui nous échappent, et nos idées sombres quand on n’a pas assez dormi, ou joyeuses à cause d’un rien, nos neurones incroyablement plastiques, retords, étendus en constellations, et tout au fond, tout au fond, le mystère de la vie, comment et pourquoi va-t-elle surgir d’un assemblage d’atomes de carbone, d’hydrogène, d’oxygène, d’azote, de je-ne-sais-quoi, et personne, actuellement, même parmi les plus érudits, n’en sait rien. Une ia n’est pas plurielle, elle n’est pas un petit écosystème réactif et inventif qui se base parfois sur du sable ou un reflet dans une vitre pour réfléchir. Une ia est un brassage énorme et actualisé de chiffres, de mots, d’images, de sons, comme nous, ça nous ressemble comme un clone. Mais comme un compte mort sur facebook, c’est un nous qui ne pourra pas se casser la figure dans les escaliers et qui ne sera pas pris au dépourvu par une odeur de fleur d’oranger qui déplace instantanément ailleurs. Le personnage de ff7, sorti en 1997, s’appelle Cloud, nuage, virtuel, stockage externe, homme blond aux yeux bleus, aryen, équipé d’une épée broyeuse. Le personnage rêvé de ff10 s’appelle Tidus, ce qui viendrait de Tida, un mot qui voudrait dire soleil, c’est-à-dire une entité vitale qui peut brûler les yeux, une sorte de gorgone cosmique. Qui sommes-nous ? et que peut-on regarder ? J’aime assez la petite histoire qui trotte autour du nom de la saga final fantasy : les développeurs seraient au bout du rouleau, ils n’auraient plus qu’à mettre la clé sous la porte, alors ils se disent tant pis, on va faire quelque chose qui nous plaît vraiment, tant qu’à faire, avant la fin, autant faire ce qui nous tient à cœur, ce sera notre dernière cabriole, dernière fantaisie, ’fantaisie finale’, on l’appellera comme ça. C’est un état d’esprit. J’aime assez l’idée d’enchainer nos dernières fantaisies, opus 4, 5, 7, 10, etc., jusqu’à la fin des chiffres, en se demandant en cours de route qui on est et ce qu’on regarde.
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Messages
1. block note - cloud, 21 mai, 18:13, par brigitte celerier
je crois qie je préfèrerais être un rêve même mauvis q’un clone (aurais peur de me rencontrer
et je déteste l’idée que moi comme tous je contribue à enrichir la réserve à exploiter par l’ia (m’agacent un peu ceux ou celles qui s’en servent pour jouer alors que phyiquement moralement philosophiquement et socialement c’est une catastrophe... par contre bravo à ceiux qui comme toi y réfléchissent)