block note - code
mardi 20 janvier 2026, par
Il y a des années (trente, ou quarante), je suis tombée sur le travail d’Auguste Herbin, je ne sais plus ni où ni quand ni comment, sûrement une exposition au Cateau-Cambrésis, parce que j’allais y voir Matisse, et son nom/travail m’est toujours resté en tête, comme ces choses évidentes qu’on n’a pas besoin d’expliquer, une sorte de petite certitude que ça collait, cliquait, matchait, ou peu importe comment on décrit ce claps de deux bords qui se rejoignent. C’est vraiment son travail/moteur/processus qui m’a parlé, plus que le résultat. Je ne suis pas sûre de vouloir avoir chez moi un de ses tableaux, ou alors comme pense-bête, post-it géant. De ce que j’ai compris, pendant une période, il s’était fabriqué un abécédaire, c’est-à-dire qu’il avait choisi une forme géométrique et une couleur pour chaque lettre, et certains de ses tableaux étaient les lettres de son alphabet, agencées en mots, en phrases. Il pouvait y avoir le tableau ROSE, ou le tableau ESCABEAU. Avec ce parti pris du code secret. Je crois que c’est ça qui a résonné pour moi, et encore maintenant. J’ai rempli des carnets, petite, avec des codes à décrypter, en inventant d’autres formes de lettres, en convertissant un A en une forme de serpent ou d’échelle, et sans le formuler, par jeu, j’utilisais ce nouvel alphabet, changeant et approximatif, comme point de départ pour dire quelque chose, un quelque chose autre, puisqu’il ne se ressemblait pas et qu’il fallait le dénouer. Le problème avec cette technique, c’est le code, à quel point il est partagé, ou perdu. Et ça parle de lisible et d’illisible, ce qui là aussi résonne beaucoup pour moi qui ait toujours la sensation d’écrire des livres illisibles, ou qui pense très souvent que les données accessibles sont illisibles, parce qu’il y a un bug dans le message, Mani n’étant pas manichéen, Marx n’étant pas marxiste, Yoko Ono n’ayant pas tué les Beatles. Ça parle de l’erreur cet alphabet, et si on se trompait ? ou comme ces mots mal recopiés par des moines et qui changent d’orthographe. C’est Philippe Jaroussky qui raconte que son grand-père je crois arrive à Ellis Island, et quand on lui demande son nom, il ne comprend pas, il dit "je suis russe", "YA russkiy", et c’est ce nom orthographié à l’oreille qui est noté sur le registre. L’erreur, le vrai et le faux, le code, le secret, la découverte, la compréhension, je tourne autour. J’ai trouvé deux photos d’Auguste Herbin, une où il est jeune, il a une tête à chanter du punk rock, et une autre bien plus tard, dans son atelier rue Falguière, qui, je l’apprends, est dans le 15e arrondissement de Paris, donc mes parents sont passés dans la rue juste en bas à un moment.
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Messages
1. block note - code, 20 janvier, 18:37, par brigitte celerier
j’avais oublé son nom, je suis allée à sa recherche et tout de suite j’ai retrouvé le souvenr de l’avoir aimé, surtout ces formes géométriques et les couleurs... puis je t"ai lu et trouvé cette histoire de code, j’ai hoché la tête
et j’ai adoré : "J’ai rempli des carnets, petite, avec des codes à décrypter, en inventant d’autres formes de lettres, en convertissant un A en une forme de serpent ou d’échelle"
avant de réfléhir (un peu dans le vide qui vient de moi) en lisant ton aprofondissement