block note - de la fumée
vendredi 19 juin 2026, par
V m’a reparlé d’Oblique hier, il m’a dit que ça le touchait de le lire. Ça faisait tellement longtemps que personne ne m’en avait parlé (en plus du fait précieux que c’était lui, V, qui le lisait). J’avais oublié Oblique, et j’avais oublié ce que ça avait été de l’écrire, le sentiment de certitude profonde, existentielle que je devais le faire, la place qu’il prenait dans mes journées et comment il repoussait sur le côté tout ce qui n’était pas lui. Oblique était une sorte de photo avec son cadrage, ses couleurs. Peu à peu, il est devenu une vieille photo, et j’en ai un tirage/exemplaire à la maison, et par chance ou effet de proximité, V en possède un lui aussi. Tout ça (le devenir d’un livre) tient beaucoup du hasard, et de quantités de paramètres sociaux, soumis au temps, au fortuit, à la capacité d’être une machine de guerre ou un coléoptère pour résumer. Je crois que c’est pour ça que je ne suis pas fétichiste de l’objet livre. Je suis fétichiste d’un nombre considérable de petites breloques, certaines statuettes à trois euros, certaines plantes (dont mon aristoloche avec ses fleurs comme des outres recourbées surmontées d’un œil à grands cils), certaines boîtes, certains livres, certaines scènes de film et certaines musiques, certaines idées aussi, certains mots, des choses de schrödinger vivantes et mortes, ou plutôt intangibles et palpables même si souvent elles prennent la forme d’une fumée. Après, ça se décline, il y a des imitations, des succédanés, comme le sucre qui n’est pas du sucre. Il y a des livres aspartames écrits par des paltoquets en chaussures à bouts pointus qui concourent aux présidentielles, ce qui fait que sacraliser l’objet livre me semble toujours un peu bizarre. C’est cette histoire de catégories que je trouve trop rigides, trop étanches, en fait trop paresseuses, on se fait abuser par l’aspect feuillu et parallélépipédique de l’objet. Il y a des films ou des chansons qui sont de grands livres, et des livres aussi bombés que des cuillères d’huile de ricin. J’étais heureuse d’entendre V parler d’Oblique hier, parce qu’il le remettait sur la pile du présent, même pour quelques secondes (nous avons existé).
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Messages
1. block note - de la fumée, 19 juin, 18:14, par brigitte celerier
et voilà que je réalise que je ne l’ai plus... et que lire que je l’ai lu me donne un peu de vague à l’âme...
Quant aux livres auxquels tu fais allusion par chance nous ne sommes généralement pas obligés de nous y confronter et s’ils s’invitent dans un échange de "propos" on peut toujours dire "ah oui, le bouquin de X "