block note des mains
mardi 15 septembre 2026, par
Il y a une différence entre être quelque chose et être quelqu’un. Être quelque chose égale faire quelque chose. Je suis ce que je fais. Être quelqu’un passe par utiliser des codes, envoyer à la ronde une surface réfléchissante ou acceptable, ou fabriquée musicalement, chantournée, arrangements en vue d’une réponse. Être quelqu’un enfile un vêtement, une "tournure", la "bande d’étoffe raide ou empesée que les femmes mettaient autour de leurs reins pour faire bouffer leur robe" dit le Littré. Je crois qu’être quelque chose ou être quelqu’un se voit dans l’écriture. Si j’écris le coup de téléphone avec T, sa paupière qu’elle me dit pendante, l’opération, la douleur, la greffe et ses "je n’en peux plus" qu’elle doit ponctuer d’un geste de la main, ses si belles mains qui m’ont tenue contre elle quand j’étais plus fragile qu’un flocon de poussière, je serai elle, avec elle et en elle, près d’elle, même si c’est illusoire pour des questions géographiques et temporelles. Je serais ce que je fais, temps d’un fragment, l’aimer, je serais ce quelque chose. Si j’accapare ses mains, que je les utilise de façon à porter un visage, une tournure, phrases attentives à l’effet produit, habillées, tacticiennes, je suis quelqu’un. Je commence à vieillir plutôt bien, à vieillir bellement, à ne plus tenter d’être quelqu’un, mais quelque chose. À distinguer aussi les phrases qui sont des phrases qui font. J’ai lu des phrases ce matin qui semblaient tranquillement sincères, et presque familières, comme sans posture, mais, réellement, j’ai vu le vêtement sous la désinvolture. Ces phrases disaient "aimez-moi, je suis quelqu’un qui va savoir-vouloir se faire aimer", c’était des phases qui faisaient quelqu’un. J’ai lu des phrases hier, des phrases de M B, il racontait un de ses rêves et ce qu’il écrivait était, il était quelque chose. Il était le rêve et le rêveur et chaque indice écrit. C’est comme dans le film de Paradjanov, Sayat Nova, je reviens tous les jours vers ce film, pas un seul jour sans qu’il m’atteigne, et je crois que c’est parce qu’il est quelque chose et qu’il n’est pas quelqu’un. Je le regarde, je suis quelque chose moi aussi. Je suis la paupière pendante et l’amour.
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Messages
1. block note des mains, 15 septembre, 10:37, par brigitte celerier
« ô » toi fragile flocon de poussière (fragile mais tenace) ô toi qui parle des mains qui tracent la douleur et les sentiments je te veux "quelqu’un qui va savoir-vouloir se faire aimer" et oui c’est beau d’être la paupière tombante et l’amour