TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note du block note

mardi 7 juillet 2026, par c jeanney

La minute papillon de demain est programmée. Je l’ai faite presque au bout de la planche, mais pas tant que ça, surtout si je repense à certains montages sonores programmés dix minutes avant publication. Là, j’ai pratiquement 36 heures d’avance, contrairement aux tracés de futures autoroutes qui ont soixante ans de retard (au moins). Le problème de mon block note, c’est qu’il est pour moi un don et une malédiction, comme dirait Monk. Soit il m’aide à dévider, relativiser, m’épancher, recentrer, m’écarter, et c’est une aide précieuse, soit il prend la place du reste. C’est ce qui arrive en ce moment, et de plus en plus. Je n’ai pas voulu faire un journal, j’ai voulu un coup de main. Si le coup de main devient plus important que la main, où va-t-on. Et puis, je regarde mon site. Il est sous-titré "atelier de c jeanney". Est-ce que c’est vraiment un atelier, je crois que oui, mais en partie seulement. Ce n’est pas une vitrine, c’est un lieu d’activités. Mais c’est peut-être un lieu d’activités douces, celles qui ne bousculent pas mon tabouret. Si je fais le point, ce n’est pas broder ou coller, ou agencer des images, ou agencer des sons, qui me tient par le centre. C’est l’écriture. Et quelque part (comme on dit quand on ne sait pas formuler où est ce quelque part ni qui il est), c’est peut-être, paradoxalement, un lieu (ici, mon site), où je l’évite. Je parle dans mon block note de ce que je pourrais écrire, de ce que je voudrais écrire, de ce que je tente d’écrire, un peu comme on s’approche d’une porte de chambre fermée, silencieusement, en sachant qu’à l’intérieur quelqu’un est malade, couché, et qu’il ne faut pas le déranger. Qu’il se repose, c’est ce que je me dis au fond. Et je prends mon ouvrage dans la salle d’attente pour patienter, en attendant que le malade se réveille. Sans compter celui-ci, j’ai 381 séjours en salle d’attente à mon actif. Je peux peut-être pousser la porte de temps en temps, j’ai assez montré que j’étais raisonnable. D’où mon idée d’une nouvelle rubrique, que je pourrais appeler "textes" (car mon imagination est décidément sans limites). Ce serait le plus simple ("textes"), mais ça ne me satisfait pas. Il manque la notion de brouillons, d’ébauche, donc de chantier. Je repense à Sonja Brissoni, ses vieilles chaussures, l’odeur de fer, les étincelles qui s’arrêtaient quand j’arrivais, les chiffons noircis, les socles en pierre d’où sortaient des tiges de ferraille rouillées, et ses yeux, et sa voix. Cela fait maintenant 16 ans que son atelier a disparu, en une seconde, en une nuit, mais aussi 16 ans qu’il ne disparaît pas, puisque je l’ai là aujourd’hui.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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