TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - pick

jeudi 2 juillet 2026, par c jeanney

Je collecte des pans de films dans le fond prelinger (libre de droits) pour en faire une éventuelle future vidéo. Je prélève des passages qui résonnent en moi, sans chercher à comprendre. Ce sont souvent des paysages, ou des attitudes un peu étranges, pas tout à fait hors des clous mais bizarres, quelqu’un qui court trop vite ou qui agite beaucoup les bras. Ce qui est étonnant, c’est de donner un nom à ces captures de films ("2 femmes se parlent", "décollage en avion", "natation synchro"), et je deviens de moins en moins descriptive, de moins en moins factuelle. J’ai enregistré une scène de tir au pigeon sous le titre "comme dans La Règle du jeu". C’est une scène parfaite pour moi. L’homme qui tire à la carabine au milieu d’un champ est également pris de gestes incompréhensibles. Une femme accroupie près de lui semble jeter quelque chose qu’on ne voit pas. Puis la caméra vise le ciel, où on devrait observer une cible, un objectif, mais on ne voit rien, à part les griffures et mouchetures de la pellicule. Cela crée un écart supplémentaire. Il y a déjà un écart entre moi et le médium, temporellement et physiquement, linguistiquement même, puisque les archives prelinger sont en majorité étatsuniennes. Et il y a un écart entre ce que je regarde et la réception que j’en ai, quand je ne décrypte pas ce que font ces gens. Ensuite, quand j’assemblerai les images et il y aura l’écart entre ce que je suppose qu’elles disent et ce qu’en retireraient d’autres yeux. Par exemple, un film centré sur une petite fille qui joue avec sa poupée peut à la fois faire ressentir l’enfermement d’une caméra omniprésente, intrusive, jusque dans l’intimité du jeu pour soi, une prison, ou la nostalgie du temps qui fuit quand elle épingle un moment à jamais fugace, perdu, un souvenir. Souvenir ou prison, c’est très différent, mais ce pourrait être véhiculé par les mêmes images. C’est si étonnant, tellement humain. J’aime quand les écarts s’additionnent parce que cela fait perdre l’intention de départ. Mon intention n’est pas très extraordinaire, plutôt limitée à qui je suis, à ce que je pense, à mes possibilités. Les écarts qui viennent interférer apportent des embranchements insoupçonnés, qui ne se limitent pas à moi. C’est peut-être encore plus concret avec les films amateurs, où finalement, il n’y avait pas de message au départ, pas de slogan à faire passer. Mais c’est aussi le cas avec les films publicitaires ou institutionnels de prelinger, car je ne suis pas (ou plus) la cible des injonctions (trop loin dans le temps ou dans l’espace) même si certaines données restent valables.

"Despotism by Encyclopaedia Britannica Films"

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • "plutôt limitée à qui je suis, à ce que je pense, à mes possibilités" il me semble que c’est énorme ! et plein de promesses...
    vais regretter mes absences sans doute très très fréquentes jusqu’à la fin du festival (en suis navrée mais n’y puis rien je suis, moi, vraiment très limitée et c’est un rien duraille, intéressant, souvent joyeux mais duraille)

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