block note - poacées
jeudi 8 janvier 2026, par
Mon JDBDV avance vraiment doucement, c’est sa taille qui m’effraie un peu. Plus de 400 pages et il n’est pas fini. Le bloc que ça va faire. Un bloc carré, car le format est carré, avec plus d’épaisseur sur une tranche que sur l’autre (à cause des replis et rabats à chaque page), en somme il est presque asymétrique, et je prévois l’ajout de fines bandes de papier pour rétablir l’égalité entre les deux tranches, pour que la couverture ne monte pas à l’oblique et baille. Mais ça me pose des dizaines de questions. Pourquoi vouloir ’tout mettre’ dans cette version-objet-du-JDBDV (ce qui donne tant de pages, tant d’épaisseur), alors qu’il manque de toute façon le début, ce "tout" n’existe pas, je n’ai pas d’épisode/explications/questionnements sur le premier intermède, parce qu’à l’époque je suis bien trop peureuse pour l’écrire. Sans compter tout ce que je ne verbalise pas, tout ce que je n’ai pas réussi à écrire, les interrogations diffuses, les choix impalpables, ma logique interne non débroussaillée. Si mon JDBDV est par nature incomplet, pourquoi vouloir tout rapporter de qui a été écrit en ligne, au risque d’aboutir à un objet livre ogre, difficilement manipulable. Et en même temps, pourquoi ne pas tout mettre, pourquoi la quantité me fait-elle peur. J’ai peur qu’il soit lourd, j’ai peur de l’abîmer au moment de l’assemblage, j’ai peur de rater sa couverture, comme si, rater, abîmer, n’était pas grave tant que les choses concernées étaient petites. Si c’est petit, ça peut se jeter, être expérimenté, ça n’a pas autant de valeur. Je vais relire cette phrase écrite bien tranquillement en suivant le fil de ma pensée, je vais relire cette phrase calmement en tirant sur mes cheveux pour me soulever de ma chaise et m’asseoir à côté de moi. "Si c’est petit, ça peut se jeter, être expérimenté, ça n’a pas autant de valeur." Quel diable capitaliste prédateur a mangé un bout de mes connecteurs neuronaux. C’est exactement à l’opposé de moi cette façon de voir. Le moindre, le minime, le presque rien, sont à mes yeux injustement méprisés. Et ce mépris est un indice, un symptôme de la violence sous-jacente, des meurtrissures des corps et des idées. Au vingt-deuxième siècle, quand la planète entière sera un mad max remasterisé, on comprendra peut-être que tout ce qui a été méprisé auparavant, le petit, le non clinquant, le minime, le discret, le silence, le non spectaculaire étaient synonymes de vie en voie de disparition, et ça date d’avant Tiberius Cæsar Divi Augusti Filius Augustus cette histoire. Tout ce qu’on a retenu, les vainqueurs de guerre. Tout ce qui est enfoui, trop mince, les aiguilles à coudre faites en os. Bref, pourquoi aurais-je peur de la grosseur/lourdeur de mon JDBDV. Ce n’est pas lui qui doit me faire peur. Ce sont les rires du public quand le clown à cheveux dorés fait son show. Le clown a fait tuer ce matin une femme (Nicole Good, poétesse) [1], ce qui donne un total actuel de 33. Virginia Woolf raconte dans son journal à quel point la voix d’Hitler retransmise par la radio la glace. Pas que sa voix. Les applaudissements. Ces rires et ces applaudissements sont un bruit toxique, une bombe assourdissante dénervante excavante, annihilante. Merci mon block note de remettre la peur dans la case peur pour de bonnes raisons, et la part irrationnelle d’un danger inconscient sur une tige de graminée, poaceae, dans la lumière, l’épaisseur des pages, c’est léger, ça s’envole. Il y a une arnaque au cœur des mots. Le mot ’travail’ désigne autant le travail épanouissant et formateur que la besogne harassante imposée. ’Peur’ aussi, est un mot arnaque — quand je serai grande j’écrirai un livre des peurs, je les classerai par ordre de taille et la plus grande sera tellement grande, le livre sera si épais et si lourd, vraiment, à juste titre, ce sera un classeur, on pourra ajouter des pages supplémentaires, et, en cours de route, j’apprendrai à me méfier des grains de sable de peur, petites peurs douces, et entraînantes, qu’une fois examinées je chérirai.
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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
[1] et pacifiste, mais le clown raconte qu’elle a foncé sur des agents dont l’un se trouve à l’hôpital, ce qui est faux, démenti par les images filmées, non fabriquées par ia, mais il existe sûrement, en contre-argument, des images tronquées par ia d’une poétesse d’extrême gauche ne prônant que la haine (si on ne peut plus établir, en commun, la différence entre des images documentaires et des images de propagande, tous les désastres sont possibles) (je ne sais pas pourquoi j’écris ce constat ici, peut-être pour rester éveillée ?)



Messages
1. block note - poacées, 8 janvier, 19:43
la peur est saine
et le petit, le négligé mérite toute notre attention... Est ce que je ne le pense pas surtout parce que suis petite et indigne d’attention.. vais y penser"calmement en tirant sur mes cheveux pour me soulever de ma chaise et m’asseoir à côté de moi."
merci de m’avoir appris "poacées"
et bon courage pour cela qui n’est pas acteset paroles du clown doré ni de ses prédécesseurs et successeurs, ni les applaudissements ou, pire, rire de leurs admirateurs ou adeptes ou..
2. block note - poacées, 9 janvier, 10:21, par PdB
c’est salaud pour les clowns (le film de Federico, le cirque, la piste aux étoiles, Gilles Margaritis et Roger Lanzac - hein Mireille Mathieu et les poches sous les yeux) - c’est bizarre, j’ai toujours le sentiment de faire trop court... moi aussi pour poacées : merci - après j’espère qu’il n’y a pas trop de vent... (des choses sans importance...) - merci à toi
3. block note - poacées, 9 janvier, 10:29, par alexia
"Si mon JDBDV est par nature incomplet"
c’est le mot "nature" qui est incomplet...mais là, j’ai du mal à me mettre aux fonds de veau en fait, allez, j’y vais.
En partage de "je s’ais pas c’k’j’fais", mais bon maintenant que j’ai les os...
4. block note - poacées, 9 janvier, 10:32, par alexia
edith : et je parle même pas du mot "incomplet, ou du mot "mot"...
allez, zou, j’arête.