block note - quel ours
mardi 21 avril 2026, par
Hier soir j’ai pu parler de Marginalia Woolf à des gens d’une immense bienveillance, et mon ego est remonté de 12 sur l’échelle de l’ego (qui en comporte 3). Il y a eu aussi cette idée d’entendre MW, de voir MW comme un assemblage de voix, une mise en son un peu plus physique à laquelle je n’avais pas pensé. Et puis se rendre compte que le nombre de pages ou de fragments est limité mais qu’il pourrait tout aussi bien ne pas l’être, que je pourrais recommencer avec d’autres fragments dans quinze jours ou dans dix ans si les petits cochons ne me mangent pas, et que d’autres pourraient ajouter les fragments qu’ils ou elles trouveraient, pour qu’on portraikaleidoscopise ensemble. En fait, on a de la place. C’est ce que je retiens, avec la gentillesse, l’échange, toute cette place qu’on a. La place d’expérimenter, la liberté de se l’offrir. On peut traduire ce que l’on veut, s’emparer d’une langue même quand on ne la connaît pas, ou parce qu’on ne la connaît pas, et justement pour la connaitre (Jacques Roubaud a traduit des poèmes japonais et des poèmes amérindiens, André Markowicz des poèmes chinois), qu’est-ce qu’on risque. On peut écrire ce que l’on veut. On risque, au pire, d’écrire un livre raté, mais qu’est-ce que ça peut faire. Même si on avait un peu honte, ce serait une honte microscopique à côté de celle qui devrait submerger bolloré&consorts, engloutir les droits d’auteur d’un bardella pour les disperser façon nappe phréatique, dilution, recyclage, disparition. Ce serait une honte microbique comparé aux montagnes de trucs honteux (comment tesla a caché des accidents fatals pour continuer à tester la conduite autonome sur les routes, et le pire du pire par-dessus ça, l’innommable, la barbarie active (trop d’exemples), très honnêtement la honte est très mal partagée). On peut peindre ce que l’on veut, mais réellement. Qu’est-ce qu’on risque. Que nos croûtes soient rangées dans des placards puis jetées à la déchetterie, et après. On peut créer ce qu’on veut, photos, collages, albums, vidéos, tissages, le plus grand risque c’est que ça n’ait pas de valeur, mais pas de valeur aux yeux de qui, et qu’on se sente ridicule, mais est-ce que c’est grave d’être ridicule. Peut-être que le désastre ambiant, la mort à tous les étages, gens et oiseaux, les dégueulasseries de toutes parts, faites sciemment par des avida dollars décomplexés, pourrait nous recadrer un peu l’image, les perspectives. J’ai prévu une nouvelle broderie : Tu peux renverser la bouillie, et elle ne sera jamais aussi nocive, ridicule ou honteuse que je-ne-cite-pas-de-noms-faute-de-place. On peut au moins tenter. Peut-être qu’en partant du principe que ce que l’on fera sera d’emblée mauvais ou bon à jeter et en passant directement à la suite, on se sentirait plus libre ? on porte déjà beaucoup de menottes. Nos poignets font gling-gling, mais peut-être que certaines sont ouvertes. Et puis la honte de se cacher sous un costume, on l’a, ou on ne l’a pas.
.
(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)



Messages
1. block note - quel ours, 21 avril, 18:16, par brigitte celerier
oh oui et puis la honte n’existe pas
ou plus exactement elle n’existe en nous que pour nous prouver que nous ne sommes pas des Bolloré ou autres semblables... ce qui serait plutôt réconfortant