block note - servir
mardi 24 février 2026, par
Sans le savoir, je me pose sûrement la question de l’utilité (il faut que je fasse attention, derrière l’utilité, avec ses yeux fourbes, se cache l’efficacité, prête à planter ses crocs) et, de façon tout à fait inutile, j’ouvre comme presque tous les matins en ce moment le livre d’entretien Peter Bogdanovich / Orson Welles où je trouve :
P.B. : Tu ne fais jamais de plan...
O.W. : Je fais les découpages les plus détaillés que tu verras jamais, et je les fiche à la poubelle. Les plans ne sont pas faits pour être exécutés, ils sont là pour préparer l’improvisation. Comme ça, j’ai déjà beaucoup réfléchi, et je suis prêt à me laisser surprendre par les acteurs. La caméra doit être au service des acteurs, pas l’inverse. Je fais quatre ou cinq films entiers dans ma tête et je n’essaie même pas de les tourner quand je suis sur le plateau. Ce sont des exercices. Un acteur tend la main, le soleil brille, un nuage se déplace, et toute l’histoire change.
Le "et toute l’histoire change" m’intéresse. Sans les plans "inutiles" en dessous, est-ce que ça change pareil ? peut-être que ça se déplace moins. Peut-être qu’il faut regarder énergiquement, attentivement, le souterrain, ce qui ne se voit pas, et le traiter comme s’il se voyait, en sachant que non, donc faire semblant sans faire semblant au fond.
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