TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - stoïquement

vendredi 28 novembre 2025, par c jeanney

Je signe une pétition pour la préservation de la mer et des océans, ce qui est quand même un minimum, je me souviens du film de Jacques Perrin et des moments de grands dangers au milieu des plateformes fumantes de fuel et de noirceur pour les oiseaux. Déjà là, au lieu de se donner bonne conscience avec des récompenses césars médailles bons points, on aurait dû se lever et crier un bon coup cassez-vous à exon total et tutti quanti, ou bien écrire en lettres sanglantes sur les murs un grand stop agressif. À l’époque de la sortie du film (2001), est-ce qu’on emprisonnait déjà pour de la peinture à l’eau sur une façade et pas pour la tragédie annoncée d’un suicide collectif genre secte du temple solaire mais en un peu plus long ? je ne sais pas. Attendons tranquillement les quatre degrés de plus en moyenne, que Limoges soit changé en Barcelone et toute la suite de conséquences dignes d’un Mordor bourré d’ia. Le travail de Claire Nouvian est clair, et ça fait un moment qu’elle parle. Il y a quelques années, du temps du film de Jacques Perrin, elle devait déjà dire des choses comme "sauvons l’océan". Aujourd’hui, comme elle prend la mesure, elle dit "sauvons l’europe du fascisme", fascisme qui va avec pollution/total/siemens et mort. C’est quand même fou comme c’est venu à la fois vite et doucement. Je trouve anormal de trouver normale cette pétition. Parce que je suis comme tout le monde, avec mon cerveau basique, je pense "on est tous et toutes responsables de ce glissement", du fascisme à nos portes, et puis je me ravise, non non (écris en lettres d’assez bonnes factures et taille), nous ne sommes pas toutes et tous responsables, car nous n’avons pas tous et toutes un micro ouvert, un endroit pour siéger, des alinéas à parapher et des dîners de travail (ou parfois, après le café, on se détend le temps d’une chasse à courre). Par la fenêtre, pendant que j’écris, je vois les mouettes voler en cercles et arabesques, nombreuses, elles jouent, virages planants, la pointe du bout d’une aile dans l’air qu’elles fendent comme de l’eau, bancs de poissons.
Je vois passer sur mastodon un drôle de dessin.

"Le soin extrême avec lequel la plupart des Indiens usaient de chaque morceau de carcasse d’un animal tué, écrit l’anthropologue Dorothy Lee, n’était pas l’expression d’un souci d’économie, mais d’attention et de respect ; en fait, un aspect de leur relation religieuse avec l’animal abattu." Les Wintus, Indiens de Californie, vivaient sur des terres tellement boisées qu’il leur était difficile de trouver une clairière pour construire leurs maisons. "Néanmoins — continue Lee — ils n‘utilisaient que le bois mort pour se chauffer, par respect pour la nature." Dans le passage qui suit, une vieille sage Wintu parle avec tristesse de la destruction gratuite des terres sur lesquelles elle vivait, une région que l’exploitation des mines d’or — et plus particulièrement l’utilisation de moyens hydrauliques — a dévastée :
LES BLANCS SE MOQUENT DE LA TERRE, DU DAIM OU DE L’OURS. LORSQUE nous, Indiens, chassons le gibier, nous mangeons toute la viande. Lorsque nous cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous construisons nos maisons, nous faisons de petits trous. Lorsque nous brûlons l’herbe à cause des sauterelles, nous ne ruinons pas tout. Nous secouons les glands et les pommes de pins des arbres. Nous n‘utilisons que le bois mort. L‘homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L’arbre dit : ’Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal.’ Mais il l’abat et le débite. L’esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et ébranle jusqu’à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l’homme blanc démolit tout. II fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit : ’Arrête, tu me fais mal.’ Mais l’homme blanc n’y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment l’esprit de la terre pourrait-il aimer l’homme blanc ?... Partout où il la touche, il laisse une plaie.
Teresa Carolyn McLuhan
Pieds nus sur la terre sacrée

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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