TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - stratégie

lundi 4 mai 2026, par c jeanney

Je change mes "habitudes" (je tente), même si "habitudes" n’est pas vraiment un terme adapté, ce serait plutôt "ce vers quoi je suis portée et que je constate après coup", ce qui ne tient pas en un seul mot. Par exemple, "d’habitude", une idée ou une voie à suivre se présentent, et très souvent j’ai le titre en tête, je me dis consciemment "je vais écrire Yoko Ono dans le texte", et je l’écris, ou je me dis "en ce moment j’écris Les Petites Cosmogonie" et je le fais. Je le fais sur un document LibreOffice pendant un bon moment, et puis je coince, j’ouvre un deuxième document que j’appelle petites Cosmogonies 2 ou La Nuit de Rachel Cooper 4, puis 12, puis comme je ne sais plus comment compter j’ajoute la date pour me repérer. Quand j’ai trop de documents et histoire de ranger proprement mon bureau, parce que je suis bien élevée, je crée un dossier qui porte le bon titre pour y ranger toutes les versions. Quand je ne suis pas lucide j’appelle le dernier document en cours Oblique dernière version, et c’est un peu le désordre, car dernière version n’est jamais la dernière version, et je peux me tromper avec la date, parfois j’ajoute l’horaire, dernière version Oblique 13h42, donc je m’embrouille jusqu’à un certain point, et j’avance en marchant sur mes vêtements éparpillés. Là non. J’ai créé le dossier tout de suite, et je ne veux pas de titre. Normalement, je devrais suivre ma piste comme ça vient, en laissant aller les journées. Cette fois non. Je me suis préparé un plan. Un plan et un programme. J’ai découpé mon plan en cinq "espaces d’action" que j’ai numérotés. Je décrète "ma semaine a cinq jours" (comme j’ai cinq espaces) et partant de là je vais écrire chaque jour sur un point précis de l’espace que je vise. Jour 1, un point précis de l’espace 1. Jour 2, un point précis de l’espace 2, et ainsi de suite. La semaine prochaine, je recommence en ajoutant des points précis (car mes espaces d’action sont larges). Ça va m’aider, comme les bords de la piscine dont parle Perec, qui n’aimait pas écrire en haute mer. Je suis heureuse d’avoir ce plan comme je suis contente d’avoir un épluche-légume fonctionnel, je veux dire que ce n’est pas un totem, je peux changer d’outil en cours de route, le revoir, l’effacer pour un autre, de toute façon je vais me tromper, ce sera normal. Je suis rassurée aussi par ce plan qui m’indique où regarder, un jour à la fois. Ce plan en cinq parties me donne à peu près cinq semaines "prévisibles". Ensuite, j’étalerai tout sur le sol pour regarder mes textes comme les pièces d’un meccano, et peut-être que je verrais à quoi ressemble le dessin sur la boîte. Sinon, je changerai de cap, de plan, de pistes, de calendrier, de tactique. J’essaye de me préserver du dramatique cette fois-ci. De faire en sorte qu’écrire ne se fasse pas dans la gravité, même si ça l’est au fond (dans le sens de métaphysique, essentiel, etc.), en tout cas que je ne pense pas en me réveillant "je dois écrire Bien assise, c’est terrible, inconfortable, c’est dur", mais plutôt (comme je me le dis ce matin) "alors ce plan, voyons un peu, quelle surprise est à déballer du carton jour 1 espace 1".

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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