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« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

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tout le monde quelque chose, Corinne Lovera Vitali

vendredi 6 février 2026, par c jeanney

boum
je vais en parler, mais très mal, mais je vais tenter d’en parler en sachant qu’il y aura trop de trous dans ce que vais dire
il y a Paul, Angie, Giorgio, Céleste, Joséphine, Inès, Robin, Natalia, Seymour, Francesca, Lili, Juliette, et aussi Biquette
il y a la question de l’enfermement et de l’exclusion, de la parole digne d’être entendue ou forcée au silence, mais cette parole ici ne se laisse pas faire

on ne sait pas d’où ils/elles parlent, d’un institut, d’une cellule, d’une cabine, dans le bureau d’une instance médicale, ils et elles, assigné·es à résidence, parlant depuis un lieu à l’écart en tout cas
mais parce que c’est comme ça que ça marche, celui ou celle qui est à l’écart ne raconte pas l’écart mais ce qui écarte, le grand Reste

c’est écrit dans l’interstice de la parole, entre une parole sienne et ce qui s’entend comme parole acceptable (c’est-à-dire acceptée par la société d’une époque), clv (pour Corinne Lovera Vitali) insiste, elle gratte, elle pousse, elle y met du corps, elle se coltine à, la parole, sa parole, toutes les paroles

il y a du dévoilement, des vérités, de l’ironie, de la lucidité et de la tendresse aussi
pas un gramme de facilité (pas de posture, de stature, l’écriture de clv est le contraire de dominer et s’y oppose, frontalement, comme on enfoncerait des pointes dans une paroi pour y grimper)
ce sont de petites plongées
petites parce que pas majestueuses en tant que postures romantiques, petites en tant que quotidiennes profondes
je ne sais pas comment le dire, c’est comme ça quand je lis clv, il y a des volets de bois que je pensais fermés, qui s’ouvrent, qui battent, c’est elle le vent

Juliette :

ça se fait par une opération chimique que je ne m’explique pas, ou alors par des images comme les volets qui battent ou la plongée, en apnée (un titre d’un de ses livres), quand arrive ce moment où les pulsations cardiaques résonnent dans le tympan
je ne sais pas si je peux ajouter quoi que ce soit d’autre, à part que lire clv c’est lire ce qu’on n’a jamais, jamais lu auparavant, à tous les niveaux, mots, phrases, paragraphes, livre

on peut peut-être aussi saisir en parallèle le travail de clv en écoutant sa voix (avec LES FERNANDEZ), c’est bien plus grand que ce qu’on peut imaginer

Lili :

en fait, si je veux trouver un parallèle pour décrire l’effet que provoque la lecture de clv, je dirais qu’il faudrait s’imaginer être dans la tête de quelqu’un qui voit pour la première fois, dans une expo de tableaux style pompier, une toile impressionniste, ce sont des couleurs et des touches de couleurs, avec pinceau, un outillage connu, mais ce qui en résulte est inconnu, et c’est selon moi ce que fait clv avec l’écriture

les paroles de qui se trouve exclu sont hors norme, donc libre, une liberté qui traverse les textes, les lézarde
il y a des notes de bas de page qu’on pourrait dire hors sujet si on était boutonné jusqu’au col, il y a des majuscules, des sons, des mots incomplets (les boutonnés jusqu’au col doivent se sentir perdus les pauvres, eux qui tombent en catatonie devant un point médian), il y a quelque chose de révolutionnaire dans tout le monde quelque chose et à tous les étages, celui du soi, celui de l’autre, celui de l’entour, du lieu, du temps, de la place, de la vue, du corps, de l’accès à, et au fond il y a ce que j’appelle poésie, pas au sens usuel, pas une catégorie, pas du mièvre, pas du calme ordonné, mais pas du tout du désordonné non plus, c’est très bien ordonné, par contre ce n’est pas l’ordre tel qu’admis

c’est d’un autre ordre, ça dérouille, ça fracasse, ça mobilise ce que je sais pas situer ailleurs qu’au centre, mais est-ce que c’est un centre vu que la hiérarchie centre/périphérie n’existe pas

c’est accessible, c’est juste démasqué, et est-ce qu’on est prêt à recevoir ? je dis oui, c’est Ce qu’il faut (un autre titre d’elle)

— -le site de clv---
— -un extrait audio de tout le monde quelque chose sur L’aiR Lu---

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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