block note - acte de
jeudi 1er janvier 2026, par
Ce qui restera de cette période (honnie), ce sera découvrir des ancêtres et des façons de plier le papier. C’est peut-être la même chose. On passe peut-être bien du temps à faire du ton sur ton sans le savoir. Les deux textes de Chatonsky ce matin me secouent, celui-ci, et celui-là à la suite, mais j’étais peut-être secouée avant. Et puis il y a le dernier texte de Caroline Diaz dans ses heures creuses, "Je me demande si le journal ne me donne pas l’illusion de travailler", je me demande moi aussi si ce block note n’est pas mon billet d’absence au collège, mon justificatif de le-chien-a-mangé-mon-devoir, mon certificat médical ("ma fille souffre d’un léger refroidissement" écrivait ma mère les jours de piscine (je suppliais) et je pouvais aller m’assoir près du poêle dans la classe des petites). Le temps que je passe à écrire mon block note le matin est un temps de bilan, un temps de réflexion, un temps de sismographe et aussi un temps repoussoir qui m’évite de mettre les mains frontalement dans NT et dans d’autres possibles. Les mouettes s’en foutent avec leurs ventres blanc violent qui tournent ensemble au-dessus des toits, je devrais faire comme elles, non pas voler mais me foutre de ce qui est fait, de l’efficacité, et de la rentabilité d’une vie. Marie Louise Valentin est née le 5 novembre 1842, elle est morte la même année que sa fille Marie Augustine Ismérie mon arrière-arrière-grand-mère. J’ai cru que le lieu n’était pas le bon : Dompierre-en-Santerre, et puis sur l’acte de mariage (14 février 1861) j’ai vu que c’était Dompierre-en Santerre de Dompierre-Becquincourt, sans doute le hameau d’à côté. Je connaissais Dompierre-Becquincourt à cause de la sucrière, de la maison aux hortensias et de la tombe d’Antoinette. On longeait les pâtures pour y aller, et une fois, un veau m’avait suivie comme un jeune chien. On me disait bien de ne pas courir dans les cailloux, et mon père était étrangement raide, comme du papier trempé dans l’amidon, et un peu transparent de peine, à cause de la peine. Les données chimiques sont volatiles, où est cette peine ? est-ce que j’en garde un peu ? ("hé j’t’en pose des questions ?" m’aurait-il répondu). Je devrais prendre un nouveau carnet et y noter tout ce que je trouve, dates, lieux, informations, un qui était facteur, un qui était mécanicien, mais c’est bizarre de noter dans un objet précis et clos ce genre de choses, comme si ça ne se promenait pas un peu partout, dans les cellules, les cheveux, la ressemblance des mains entre elles ou les techniques de tissage.
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Messages
1. block note - acte de, 1er janvier, 19:05, par brigitte celerier
que j’aime chaque fois ton "justificatif de le-chien-a-mangé-mon-devoir,"
noter (ce que je ne fais pas) c’est tout de même mieux que de se fier. aux cellules, aux cheveux et même aux techniques de tissage... encore faut-il ne pas perdre le carnet