block note - moment
mercredi 4 février 2026, par
J’ai lu un extrait de livre à voix haute (pour l’enregistrer, pour L’aiR Lu) et c’était très perturbant à la première ré-écoute de sentir que je n’avais rien compris, que j’avais lu avec tout un background qui m’avait empêchée de voir le corps du texte lui-même. J’ai tout recommencé, heureusement qu’audacity est malléable. Vulnérable, malléable, sont des adjectifs importants. J’ai en tête le début de prémices d’une vidéo, mais je ne l’ai pas encore commencée. Je crois tenir un titre. Je passe beaucoup de temps à essayer de comprendre comment je travaille et de quoi j’ai besoin, il s’avère qu’à ces questions je peux réponde rien (beaucoup de temps dépensé à y penser) (dépenser, dé-penser, c’était au milieu de la figure). J’imagine que je devrais fabriquer une vidéo comme je fabrique une minute papillon, c’est-à-dire niaisement, sans rien savoir à l’avance. Avec les minutes c’est ce qui se passe : j’aime mettre en route ma procédure, je m’atèle au générique pour commencer, et là j’ai encore l’impression de prendre les choses en main, de contrôler ce qui se passe, et puis ensuite ça part, ça glisse, je laisse le logiciel ouvert et j’enregistre tous les sons comme ils viennent, en cliquant un peu au hasard, en me doutant que dans telle ou telle émission ou podcast je trouverais des voix de femmes, ce que je cherche, et ça arrive, je ne contrôle plus. Je n’interviens pas beaucoup. En fait, je réagis. J’attrape ou je laisse tomber. Mais je ne suis même pas sûre de décider de laisser tomber, c’est comme si ça tombait tout seul. Décider d’attraper, oui, ça je le fais. Mais il n’y a rien à préparer dans ces cas-là, ce qui se fait se fait, c’est une gestuelle sur le moment. Pour les vidéos c’est pareil. Je vais aller piocher dans des images d’archives non-professionnelles et viendra ce qui viendra. Au mieux, je peux préparer le titre, mais il sautera peut-être, en n’ayant après coup plus rien à voir avec le contenu, l’endroit où ça s’en va. C’est très "sur le moment", sauf que ce moment n’est pas le présent, il me laisse le temps de le trifouiller. Ce n’est pas un temps arrêté non plus. Ce n’est pas hors du temps. Mon vocabulaire syntaxe grammaire est à la ramasse, je n’arrive même pas à expliquer comment est ce temps, de quelle façon il ralentit, de quelle façon je le hache, je le retourne, je l’embrouille. J’aime la sincérité des images d’archives personnelles. Parce qu’il y a le minimum de mise en scène, c’est-à-dire le lieu ou le visage à filmer, mais c’est tout. Parfois un panoramique impeccable, parfois déroutant. Parfois le visage montré est celui d’une photographie, on arrête de bouger devant la caméra et on ne fait plus de bruit, par respect. Ou au contraire on fait le zouave, on se sauve avec une grimace. Comme si la présence de la caméra installait un mode opératoire sérieux (cadrage, action) comme ce qu’on a vu au cinéma, mais les éléments désobéissent, divergent, ils sont plus flous que la normale, ou plus rapides, ou bien ils ne portent pas de sens, pas d’intention et quelque chose dépasse du tissu bien lissé, quelque chose de nerveux, ou d’inconscient, ou de très naturel, qu’on ne voit pas ailleurs. Et elles n’ont rien à vendre (on n’a pas encore eu besoin d’ajouter "images générées par IA" et il n’y a pas les trucs et astuces visuelles tours de passe-passe, comme la crème chantilly sur la crêpe que l’on va rendre plus "véridique" en mélangeant de la colle à de la mousse à raser, je ne sais d’ailleurs pas pourquoi on n’indique pas de quoi sont faites ces images publicitaires de nourriture, aliments immangeables en réalité, ce qui devrait être indiqué en tout petit, en astérisque, comme la liste des ingrédients sur les boîtes de petits pois). Les images d’archives ne sont pas pures, dans le sens où elles ne sont pas totalement véridiques, prises dans un "c’était le bon temps" fantasmé. Le matériel, caméra, pellicule, décide déjà que tout le monde n’y a pas accès. Et on ne filme qu’à certaines occasions, un défilé, des vacances, un voyage, une communion. On filme un événement, parce qu’on a les moyens de le faire. Qu’est-ce qui fait événement. Une course cycliste, un char de fête du mimosa, et peut-être d’autres choses plus quotidiennes ou intimes, que j’attends de voir. Je ne peux qu’y aller niaisement, sans rien savoir de ce qui est vu et de qui regarde.
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