TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note -prostrata

lundi 23 février 2026, par c jeanney

Le sophora prostrata ’little baby prépare une vingtaine de fleurs. Je me souviens il y a quatre ans de sa première fleur, une seule. J’avais pris en photo toute son évolution, jour après jour. Son développement en bec de perroquet jaune vif, parfum vanille, me semblait incroyable. Maintenant, ce sophora a pris ses aises, il n’hésite pas à redoubler ses becs qui s’ouvriront dans plusieurs semaines. Mais même sans fleurs je l’aime. Il développe une structure de branches un peu saccadée, sans arrondis, comme s’il tentait une direction puis se ravisait brutalement. En mûrissant, son bois desquame et devient vert olive, alors que les jeunes poussées sont couvertes de fibres un peu grisées. J’aimerais écrire comme le sophora little baby. Parce qu’il est petit mais compliqué, minutieux et, à force il arrive à faire sens. C’est un arbre de poche, comme un bonzaï mais que personne n’a torturé. C’est très bizarre comme attitude de vouloir façonner/réduire un arbre en le contraignant à n’avoir que vingt centimètres de haut. Ou de tailler un buis ou un thuya en forme de cube, de cygne, de cerf. C’est très bizarre de prendre une matière vivante pour en faire la copie d’un mur ou l’imitation d’une autre forme vivante, comme si ce qui existe ne suffisait pas, qu’on n’était jamais assouvi. Ou c’est une façon de régner, ou plutôt de prétendre qu’on règne. MW est prête (presque). J’ai retrouvé des photos anciennes d’un bâtiment qui ouvre sur d’autres bâtiments, aussi anciens, enfin anciens à mon échelle (quand j’étais petite ils étaient neufs). Je les ai placées en évidence, parce qu’elles peuvent (ces photos) servir de bouées (pour écrire). NT est une plaie, vouloir écrire NT est une plaie. Je ne sais pas pourquoi. Pourquoi je me donne ce but inatteignable — en tout cas, l’idée que je me fais de ce à quoi doit ressembler NT est inatteignable. Le sophora ne se pose pas ce genre de questions. Il fait sa branche, il part par là, et il continue par ici, il s’adapte. À la lumière, à l’eau, à la température. Peut-être que je n’ai rien de tout ça pour NT et que c’est à cause de ça que je ne peux pas l’écrire. C’est un pincement idiot. Vouloir faire quelque chose et constater que c’est impossible, même si c’est quelque chose de simple : du temps, un papier un crayon ou bien un clavier et un traitement de texte (j’ai tout le matériel). Ce n’est pas par manque de matériel que je n’y arrive pas, ni par paresse, ni par manque de réflexion, et ce n’est pas non plus dû à la fausse peur de la page blanche (puisqu’une page n’est jamais blanche). C’est très difficile de comprendre pourquoi on est bloqué quand on est bloqué, quand on ne sait pas ce qui bloque. Trop d’attentes peut-être. Trop d’exigences (le vieux prof au-dessus de mon épaule, à rabâcher "peut mieux faire"). Il y a déjà l’obstacle de s’autoriser à écrire. Et puis, derrière, il y a peut-être l’obstacle de s’autoriser à écrire du poubelle-bon-à-jeter, à jeter entièrement, pas une ligne ou un paragraphe, mais tout, tout NT à jeter, écrire-tant-pis. En quoi c’est grave ? Un bout de ma tête me dit non, ça n’est pas grave, c’est accessoire, dérisoire, un épiphénomène, move on maintenant, hop, passe à autre chose au lieu de chouiner. Un autre bout de ma tête me dit si, c’est grave, c’est plus que grave, c’est déchirant en fait. Je n’ai pas, à l’heure actuelle, de troisième bout de tête à ma disposition. C’est bien dommage. Ce troisième bout me ferait attraper la bouée des photos grands formats posées sur l’imprimante (qui n’imprime pas). Ou bien c’est moi qui n’imprime pas, qui n’apprends rien, qui passe mon temps à réfléchir à la pression, à la torsion et à la torture imbécile des bonzaïs en pérorant que c’est un contre-sens de vouloir dominer quoi que ce soit, tout en continuant en sous-main à vouloir dominer NT, et espérer, en écrivant ce block note le matin, penser contre ce que je ne peux pas m’empêcher de faire.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • salut au sophora qui me séduit (du moins tel que je l’imagine

    NT est une plaie c’est ce qui le rend indispensable

    Quant au troisième bout de crâne j’ai bien l’impression que telle que tu es merveilleusement il en faudrait immédiatement un quatrième

  • Je lis ton block note - il me fait rire : Emma Cordoliani m’a prête un petit livre formidable "l’histoire d’un roman"- il est petit seulement par le nombre de pages, 64 - thomas Wolfe en est l’auteur - on y rit un peu mais ça aide - après NT viendra quand il faudra - jeter n’avance à rien - garde et continue et regarde ton sophora -fais pareil n’importe continue regarde-le laisse-le lâche-le reprends-le - vazy.. !!

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