block note - tri
jeudi 4 juin 2026, par
Parce que j’avais tellement envie de faire un montage vidéo, j’ai perdu le fil de ma stratégie, j’ai laissé ma belle organisation logique partir devant moi, mais ça devait arriver. Je me suis même demandé pourquoi vouloir écrire ce que j’avais stratégiquement décidé (au lieu d’attraper des images et des sons), puisque je n’y arrive concrètement pas. Mais je crois que ce n’est pas "écrire" au sens large, mon problème. C’est écrire ce dans quoi je me suis lancé, ce que j’appelle dans ma tête "le grand R", un objet précis, celui-là. Et pour celui-là, mon périmètre d’action est trop large. Si je ne vois pas les bords de la piscine, je ne nage pas, ou je nage mal, on appelle ça patauger, et c’est très juste, les pieds s’activent sur place, sans servir à un quelconque déplacement. Je crois que la clé c’est l’éventail de ce que l’on utilise quand on crée, son "aire de jeu". Je crois que cette idée du périmètre d’action ou de l’aire de jeu est valable pour toutes les activités créatrices, quelles qu’elles soient. Par exemple, chez moi, c’est souvent 3. Dans la plupart des textes que j’ai publiés, il y avait 3 idées. Une série télé + mon père + moi dans Lotus seven. Des écrits de VW, de ses proches et moi dans Marginalia Woolf. Ma mère, la vieillesse et comment je m’en arrange dans Bien assise. Un film, la lutte et ses choix propres dans La Nuit de Rachel Cooper. Une artiste, la vie et la création dans Yoko Ono dans le texte, etc. . Mon aire de jeu (mon toboggan, mon petit cheval à bascule, ma plate-forme qui tourne) c’est 3. Il se passe quelque chose avec 3 "matériaux" en main. Un seul, c’est unicolore, 2 c’est une confrontation noir blanc, mais avec 3, on ne sait pas quoi mettre en exergue, ça oblige à chercher une tactique, ça met des cailloux dans la semelle du mur bien droit bien carré bien construit. Je vais donc revoir ma stratégie avec un 3 bien en vue, il le faut, si je veux aller au bout de ce que j’ai en tête. Mon problème, c’est que, pour le faire lui, je n’ai qu’une idée (même si elle est très large, tentaculaire, c’est une seule idée) en plus de moi, ce qui fait que nous sommes deux, ce n’est pas assez. Pour une vidéo aussi, il faut être 3 (l’image, le son, le montage). Et même pour une broderie (la trame, le fil, le sujet). C’est peut-être idiot, mais je visualise cela comme une prise de contact avec le sol : avec 2 jambes, ce sera forcément les miennes et je serai seule, je ne pourrai pas "m’augmenter". Avec une chaise à 4 pieds, je m’assois, ça ne bouge pas, je reste immobile. Avec 3 pieds, voilà un tabouret. Il ne sert pas à adopter une position confortable dans la durée. On utilise un tabouret pour un instant seulement, pour exécuter une tâche, parce qu’on a besoin de lui pour être à la bonne hauteur, traire une vache ou une chèvre, attendre rien qu’une seconde, pendant un temps donné, restreint, unique, en vue d’aller vers autre chose. Il y a une tension. Et pour moi la tension est synonyme de pulsion créatrice. C’est l’opposé du monologue autosatisfait, ou du slogan, deux voies mortes, qui n’inventent rien. Je lis beaucoup de texte qui, sous leurs airs accueillants, sont des soliloques ou des injonctions. Je suis très contente ce matin. Mon block note est réellement la canne avec laquelle m’appuyer pour marcher (penser), il est ma jambe numéro 3. Mon seul bémol, c’est l’idée que j’ai déjà eu cette idée. Il est possible que j’aie déjà écrit ce 3, mon besoin de lui, son importance. Peut-être que je radote, que je "me" radote, que je tourne en rond. Mais je peux aussi voir ça comme revenir à la base, repartir de zéro, pas du vrai zéro (le vide, le néant), mais du début. "Cent fois sur le métier" etc. La ligne de démarcation entre se répéter, comme une mouche amnésique qui se cogne à la vitre, et répéter, recommencer, en quelque sorte, est toute menue. Maintenant, je dois revoir mon aire de jeu (ces 5 voies que j’ai affichées sur le mur du bureau et comment elles se déclinent en textes). Si je patauge, c’est que malgré mon impression d’élargissement (5 voies multipliées par d’autres pistes inclues dans chacune de ces voies), je ne vais que sur 2 jambes, pour le dire vite "moi et du texte". Je n’ai pas fait d’entailles pour qu’entre le troisième ingrédient, celui qui fera tension, ou moteur. C’est à lui que je dois réfléchir. Il est peut-être déjà là, qui sait, et je dois juste l’identifier. J’ai une application sur mon téléphone qui me donne les noms des oiseaux qu’elle peut enregistrer dans ma cour. Le rouge-queue noir est souvent détecté, il est là, sur un toit, sur un arbre, et je sais qu’il est là parce qu’il chante et que mon téléphone l’enregistre, mais je n’ai au départ aucune idée de sa présence. "Si un de ses petits vient à disparaître, la rouge-queue femelle l’appelle pendant 1 à 3 jours, bravant les prédateurs — chats, chiens, etc. —, en les survolant en criant."
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Messages
1. block note - tri, 4 juin, 18:20, par brigitte celerier
j’ai une canne en trop... je peux te la prêter (bon je sors)
ii y a aussi la possibilité de casser un pied d’une chaise, tu ne peux rester immobile, elle te lance
Me voilà bien si je veux te donner une idée moi qui ai renoncé à écrire quoi que ce soit